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Dimanche 9 mars, premier tour des élections municipales à Versailles, vingt heures trente cinq, école maternelle Antoine-Richard, bureau de vote n° 39, celui dont le maire m’a confié la présidence.
Mes quatre tables de scrutateurs sont au travail et, par-dessus leur épaule, je guette attentivement les premières indications du dépouillement. J’ai beau me déplacer d’une table à l’autre, la colonne des suffrages attribués à François de Mazières est incontestablement plus longue que celle des bulletins libellés au nom de Bertrand Devys. Quelques minutes plus tard, un bref échange téléphonique avec Thibault de Sade, directeur de cabinet d’Etienne Pinte, me confirme ce que je commençais à réaliser : la liste Mazières l’emporte très nettement, d’environ dix à quinze points, sur la liste Devys, et ceci dans presque tous les bureaux de vote.
Il faut se rendre à l’évidence : nous sommes sévèrement battus, dès le premier tour et ceci sans aucun espoir de remonter la pente.
Alors que s’achève le dépouillement dans mon bureau de vote, ma pensée va tout d’abord vers Bertrand Devys et j’imagine le poids de tristesse et de stupeur qui a dû s’abattre sur cet homme tout entier tendu vers un seul but, vers un objectif tout-à-fait noble qui aura été celui de sa vie d’élu, celui de devenir un jour le maire de Versailles.
Une fois restituée mon urne à l’Hôtel de Ville, commence une soirée qui a pour moi un goût de déjà-vu. En effet, lors du premier tour des élections municipales de 1989, quelque dix-neuf ans plus tôt, j’avais vécu à peu de choses près la même expérience dans la commune voisine du Chesnay, celle d’une défaite électorale nette et sans appel. J’étais alors pour la première fois de ma vie candidat aux municipales sur la liste du maire sortant, Maurice Cointe, et nous avions alors été nettement devancés par deux listes concurrentes.
Même ambiance de veillée funèbre lorsque les colistiers se sont retrouvés dans la soirée autour de leur chef de file, mêmes sentiments de vide, d’injustice et de gueule de bois, vécus chacun à sa manière par les coéquipiers.
Une chose me frappe à ce moment-là : la dignité de Bertrand, la simplicité avec laquelle il exprime sa tristesse et sa déception. Je n’oublierai pas cette phrase qu’il m’a alors adressée, la première qu’il m’ait dite lorsque nous nous sommes vus juste après l’annonce des tout premiers résultats : « Désolé, cher Hervé, nous n’aurons pas la joie de travailler ensemble pour les Versaillais ».
Tout au long de cette triste soirée, j’ai pu observer les réactions de nos colistiers. J’ai pu lire dans leurs regards la stupeur et la déception, la résignation devant l’échec ou, au contraire, l’expression fugitive d’un sentiment de révolte.
A l’égard des nouveaux candidats, tous ces hommes et de toutes ces femmes, jeunes ou moins jeunes, qui partageaient notre aventure, j’ai ressenti alors un vrai sentiment d’amitié. Ils ont participé à nos espoirs, réfléchi avec nous sur l’avenir de Versailles, donné généreusement toute leur énergie et le meilleur d’eux-mêmes, le meilleur de leur désir de servir, le meilleur de leur capacité d’engagement. Beaucoup d’entre eux ne connaîtront pas, du moins pas cette fois-ci, les joies d’une vie d’élu municipal mais, moi qui les ai connues, je peux remercier la vie qui me les a offertes et regretter pour eux qu’elle se dérobe sous leurs pieds.
Ainsi va la vie politique, faite d’échecs et de réussites, jalonnée de temps forts et de moments cruels, riche de rencontres humaines inattendues et parfois exceptionnelles.
De retour chez moi, malgré la brume de mélancolie qui m’envahit, je me dis que j’aurai eu vraiment une immense chance, celle d’avoir vécu à grandes guides ces treize années d’élu de Versailles, treize années partagées avec des collègues qui, pour la plupart d’entre eux, sont devenus des amis, treize années telles que j’en rêvais depuis si longtemps, treize années bien remplies dont, avec Etienne Pinte et tous ses co-équipiers, j’ai toutes raisons d’être fier.
Rédigé le lundi 10 mars 2008