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  • Hervé PICHON, élu à Versailles de 1995 à 2008. Ancien adjoint à l'urbanisme, ancien administrateur de l'office d'HLM Versailles-Habitat. Un regard libre, personnel et sans parti-pris sur la vie à Versailles et sur la vie politique.

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Mardi 24 juin 2008 2 24 /06 /Juin /2008 00:02

Non vraiment, je n’ai pas le cœur à aller, du haut de la tribune du public, assister au premier conseil municipal de l’ère Mazières, ce soir du vendredi 21 mars. Peut-être irai-je un jour là-haut rejoindre le public des habitués, mais pas cette fois-ci et pas tout de suite.

 

Cela dit, j’ai tenu tout de même à aller sur Internet lire le compte-rendu de cette séance solennelle.

 

Des photos prises de la tribune donnent une idée de l’ambiance, que j’imagine aisément pour avoir vécu deux séances comparables : brouhaha, nouveaux conseillers découvrant leur place, discours du doyen d’âge, intronisation du maire sous les acclamations, discours inaugural du tout nouveau premier magistrat, émotion, remise aux nouveaux adjoints de leurs insignes, etc.

 

Le discours du doyen d’âge, M. Antoine Casanova, élu de la gauche et membre atypique du Parti communiste, a été à l’image de son auteur, c’est à dire d’une vraie élévation de pensée, celle dont fait preuve cet homme attachant et féru d’histoire, évoquant les grands ancêtres de la Révolution et le pape Jean-Paul II, appelant au respect, au sein de l’assemblée municipale, de ces devoirs majeurs que sont l’écoute, la clarté, le refus de l’outrance et de l’outrage.

 

Le premier discours prononcé devant son conseil municipal par un maire nouvellement élu est sûrement pour celui-ci un instant particulièrement intense.

 

François de Mazières n’y échappe pas plus que les autres et son discours laisse sourdre une émotion et une fierté bien compréhensibles. Je relève l’élégance avec laquelle il a su saluer le travail accompli par l’équipe sortante sous la direction d’Etienne Pinte et, en particulier, le dévouement de Bertrand Devys. C’était bien le moins mais il l’a fait, et c’est bien ainsi.

 

Invoquant André Damien, Christian de Portzamparc et même Alphonse Allais, le nouveau maire brosse un tableau d’une ville à la recherche de ses nouveaux équilibres entre passé, futur et développement durable, une ville dont il souligne combien elle est aujourd’hui « exceptionnelle par son histoire et par son nouveau potentiel de modernité ».

 

S’ensuit l’annonce de quelques unes des mesures que prendra le nouveau pouvoir municipal.

 

Le refus de l’organisation éventuelle d’un Grand Prix de France à Versailles : dont acte. Le débat est tranché.

 

Refus, signifié à Nexity, de l’implantation d’un « multiplexe » aux Chantiers. Je le dis comme je le pense au risque de susciter des cris et des hurlements scandalisés : François de Mazières sera peut-être dans l’histoire de Versailles le maire du « nouveau souffle » mais il se pourrait qu’il soit aussi celui qui aura pris la lourde responsabilité de faire échouer sur le sable ce projet historique à l’échelle de l’histoire de Versailles.

 

Le débat sur ce point précis ne fait que commencer, si tant est qu’il aura vraiment lieu au sein du nouveau conseil municipal car on peut se demander si le maire, sur ce sujet, rencontrera une opposition. Pour ma part, je m’exprimerai le moment venu, fût-ce dans le désert, dans l’hostilité et dans l’indifférence, et je dirai clairement pourquoi je considère ce débat sur le « multiplexe » comme particulièrement irréel et, pour tout dire, d’une inconcevable légèreté. Suite au prochain épisode.

 

Annonce d'un possible soutien à l’éventualité d’un regroupement des services du Département des Yvelines dans l’enceinte de l’hôpital Richaud. Bravo à François de Mazières d’avoir su faire évoluer son approche sur ce dossier alors que, au cours de sa campagne électorale, c'est-à-dire il y a quelques jours encore, il prônait plutôt l’implantation d’entre prises. Il vaut mieux tenir que courir, surtout quand on sait que celui qui « reprendra » ce lieu aura sur les bras quelque 100 millions de travaux de réhabilitation.

 

Lancement du projet d’aménagement de jardins aux Mortemets, aménagement de la place d’Armes, ouverture de la salle du jeu de Paume : excellentes intentions de principe qui soulèvent tout de même bien des interrogations car tout dépend ici de décisions à prendre par l’Etablissement public du Domaine national et du Château de Versailles. Par ailleurs, quid des places de stationnement de la place d’Armes et des quelques millions que celles-ci rapportent au budget communal ?

 

Réaffirmation d’un projet ambitieux de pistes cyclables. Très bien mais c’est là que les ennuis vont commencer et que les nouveaux élus vont devoir faire l’apprentissage d’une vertu que, nous, les élus sortants, battus, nettoyés, carbonisés, karchérisés, avons (peut-être trop ?) pratiquée: la vertu du courage. Il en faudra beaucoup car la création de pistes cyclables suppose des arbitrages douloureux entre les espaces dévolus aux différents modes de déplacement urbains, ceux de la bicyclette, ceux de l’automobile et ceux des transports en commun, sans oublier les piétons. Bref, il faudra très bientôt apprendre à déplaire et cela va être difficile.

 

Citant Vaclav Havel, François conclut ce discours inaugural en invoquant le « devoir de vérité ».

 

La première manifestation de la vérité, c’est le retour au réel. La campagne est finie, les lampions sont éteints. Le réel va revenir très vite avec ses questions lancinantes et prosaïques.

 

Comment modifier le projet des Chantiers sans tout flanquer par terre ? Comment toucher aux tarifs de stationnement sans risquer de faire disparaître leur effet dissuasif bénéfique sur le partage de l’espace public ? Ces logements, on les fait ou on ne les fait pas ? Ces équipements collectifs, on les fait ou on ne les fait pas ? Comment toucher aux impôts sans toucher aux dépenses et sur lesquelles agir ? Etc.

 

Bonne chance, François ! Bon courage !

  

P.S. : Quelques semaines avant le premier tour, étant encore dans mes fonctions d’adjoint chargé de l’urbanisme et du patrimoine, je me suis rendu à la Cité de l’Architecture pour recevoir, au nom de la Ville et aux côtés de l’équipe d’architectes lauréate ainsi que de l’architecte des bâtiments municipaux, le « Prix de l’Equerre d’Argent » attribué au préau de l’école primaire Pierre-Corneille, une première œuvre architecturale primée à juste titre pour son originalité. En présence de Christine Albanel, ministre de la Culture, et de François de Mazières, président de la Cité de l’Architecture, j’ai prononcé devant la fine fleur de l’univers des architectes un modeste et bref discours au cours duquel, citant André Damien, j’ai rappelé que Versailles a été « le Brasilia du XVII e siècle ». Je retrouve cette citation dans le discours inaugural de François et j’y vois un petit clin d’œil sympathique, volontaire ou non.

 

Rédigé le samedi 22 mars 2008.

Publié dans : Vie Versaillaise
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