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Ce devait être un vendredi de novembre ou de décembre 2001. Parmi les rendez-vous prévus pour ce jour-là à mon bureau de l’Hôtel de Ville, je reçois Joëlle, une toute jeune femme, enceinte jusqu’aux yeux. Versaillaise depuis trois générations, elle est venue tout simplement me demander de l’aider à trouver un logement.
Faute de pouvoir en occuper un à la portée de sa bourse, Joëlle n’a pour l’instant d’autre choix que celui d’habiter, avec son compagnon, dans le petit appartement que ses parents occupent à Versailles, avec les problèmes de cohabitation que l’on imagine.
Bien évidemment, je dis à ma visiteuse que j’appuierai autant que faire se peut sa demande, dont je vois bien le caractère crucial et pressant.
Mais, par un souci évident d’honnêteté, je ne cache pas à Joëlle qu’il sera très difficile de trouver pour elle une solution dans un délai proche. A Versailles, en effet, la création de logements sociaux se heurte à de multiples obstacles, en raison notamment de la rareté des terrains et des difficultés rencontrées lors du montage d’opérations de constructions nouvelles ou de réhabilitation de logements existants et vacants. De surcroît, le très faible taux de rotation dans le parc HLM fait qu’il y a peu d’appartements qui se libèrent. En d’autres termes, à Versailles, la volonté politique est bien là mais la liste d’attente demeure très longue.
A cet instant précis de l’entretien, Joëlle a fondu en larmes et s’est mise à pleurer à gros bouillons. Manifestement, le découragement a été alors plus fort que tout et a rompu toutes les digues.
Bien sûr, j’ai immédiatement alerté Monique Lehuard, adjointe au logement, mais il n’était, hélas, pas possible de bousculer la file d’attente ni les modes d’attribution. Je n’ai pas su ce qu’il est alors advenu de Joëlle, de son compagnon et de leur bébé, qui devaient faire face à ce besoin si urgent d’un logement. Ont-ils pu rester à Versailles ? Ont-ils dû s’éloigner et aller habiter ailleurs ? Si tel est le cas, ont-ils pu ou pourront-ils revenir, là où est leur famille, là où ils ont leurs racines ?
Je n’ai jamais oublié les larmes de Joëlle ni le sentiment d’impuissance rageuse que j’avais alors éprouvé. Ces larmes exprimaient une réalité, celle du mal-logement : sur-occupation, logement inadapté à la croissance de la taille des familles ou à la coexistence de plusieurs générations.
Cette réalité se double d’un autre phénomène, celui-là particulièrement invisible, que j’appelle « l’éviction foncière », c'est-à-dire le fait que des gens quittent Versailles parce qu’ils ne peuvent plus s’y loger. Ce phénomène touche particulièrement les jeunes mais peut concerner tous les âges.
Au titre de mes fonctions d’adjoint à l’urbanisme et d’administrateur de l’office d’HLM Versailles Habitat, je me suis trouvé impliqué jusqu’au cou, au cours de ces dernières années, dans tous les projets liés au logement à Versailles.
Très souvent, j’ai pensé à Joëlle comme à toutes ces familles confrontées aux mêmes difficultés que Monique Lehuard a reçues des années durant dans son bureau.
C’est pour Joëlle, et pour tous les autres, que des élus, des fonctionnaires de l’Etat, des agents territoriaux, des acteurs du mouvement HLM, des associations se mobilisent partout en France.
C’est pour Joëlle que, avec la détermination qu’on lui connaît, se bat Christine Boutin, ministre du Logement, qui présentait ces jours-ci son projet de loi de mobilisation en faveur du logement et que, sur commande du Premier ministre, Etienne Pinte a planché cet été sur le logement des personnes en difficulté.
C’est pour Joëlle que, à ma place de simple citoyen, je continuerai de me battre.
Rédigé le dimanche 3 août 2008