Partager l'article ! De l’art contemporain au Château de Versailles ? Bien sûr que oui !: Pardonnez-moi si je reviens sur la récente polémique à propos de l’ ...
Pardonnez-moi si je reviens sur la récente polémique à propos de l’exposition qui vient d’ouvrir ses portes au Château de Versailles autour des œuvres de l’artiste néerlandais Jeff Koons.
Ne les ayant pas vues, je n’ai strictement aucune idée de ce qu’il faut penser ou ne pas penser des seize sculptures monumentales de Jeff Koons, présenté par les uns comme le « roi du pop kitsch », comme « le plus baroque des artistes néopop » tandis que d’autres l’accusent d’être un « dadaïste attardé » et disent de son exposition qu’elle est une « intrusion dans un lieu magique », voire même carrément « une souillure de ce que notre patrimoine et son identité ont de plus sacré ». Je me garderai bien de prendre parti quant à la valeur artistique de ces oeuvres mais j’irai constater moi-même dès que possible si, dans les appartements royaux, Balloon Dog (ballon en forme de chien stylisé), Split Rocker (monument floral prêté par le mécène François Pinault), Rabbitt (lapin en inox), Hanging Heart (cœur monumental flottant au dessus de l’escalier de la Reine) et autres pièces de Jeff Koons sont à ce point incongrues qu’on nous le dit.
En revanche, et pour avoir suivi de près qui se passe du côté du Château depuis une dizaine d’années, je voudrais rappeler que les différents présidents qui se sont succédés au cours des dix dernières années à la tête de l’Etablissement public ont abattu un sacré boulot pour faire évoluer le Château.
Avec l’aide de l’Etat comme avec celle, déterminante, de mécènes généreux, Hubert Astier puis Christine Albanel puis, à son tour, Jean-Jacques Aillagon ont, chacun avec des styles différents, fait faire des pas de géant à ces joyaux que sont le Château et le Domaine national de Versailles : rénovation du parc après les tempêtes de 1990 et de 1999, rénovation du Hameau de la Reine, rénovation des Bosquets, magnifique réussite du sauvetage de la Galerie des Glaces (merci Vinci !), recréation de la Grille Royale (bravo, Frédéric Didier), c’est tout un vaste chantier qui est mis en œuvre sous nos yeux, destiné à durer 17 ans et à mobiliser plus de 350 M€ d’argent public, sans compter les soutiens privés.
Avec des expositions plus que mémorables (Topkapi, La Tour, Nattier, la Cour de Saxe, etc.), avec le travail de mémoire accompli par le Centre de Musique Baroque sur le patrimoine musical français des XVIIe et XVIIIe siècles, avec le Centre de recherches sur la Civilisation de cour créé par Béatrix Saule, il se passe toujours quelque chose au Château de Versailles. Ca déménage au sens propre puisque, à terme, les services administratifs de l’Etablissement s’installeront dans les locaux du Grand-Commun, cet ex-hôpital Larrey cher au souvenir des Versaillais et où on a même mis au jour l’ancien Jeu de Paume de Louis XIII.
Le plus important est ailleurs : on ne se contente pas de restaurer, d’explorer et de faire revivre un passé riche et prestigieux. Les héritiers de Nolhac et de Van der Kemp ont aussi voulu que Versailles soit un lieu où la culture contemporaine peut trouver sa place, tout simplement parce que le dialogue des cultures se fait aussi dans l’espace-temps, par une rencontre parfois dérangeante entre la culture du passé et celle du présent, ce que Caroline Pascal appelle le « mariage classique-contemporain ». C’est grâce à Etienne Pinte que j’avais été converti à l’idée de favoriser la venue de Bartabas dans les Grandes-Ecuries, alors que, honnêtement, je penchais plutôt pour l’approche d’une « Académie équestre » plus traditionnelle. C’est avec un petit effort sur moi-même que je me suis fait aux évocations passablement décoiffantes des Nuits blanches ou d’un Versailles Off parfois pour le moins inattendu.
En réalité, la vraie question est, me semble-t-il, la suivante : Versailles serait-elle condamnée à se pasticher elle-même en permanence ? Pour ma part, j’apprécie que Jean-Jacques Aillagon ait pris ce risque réel de faire venir Jeff Koons à Versailles, risque né d’une juxtaposition audacieuse, risque de susciter des polémiques et des critiques. Il fait faire ainsi à Versailles un chemin utile : le Château devient un lieu où « il se passe quelque chose » à l’échelle planétaire, dans l’ordre de la culture, dans l’ordre de la création, laquelle est, par essence, toujours une prise de risques.
Notre ville de Versailles ne doit pas être en reste. A cet égard, il est arrivé souvent au Mois Molière de présenter des innovations très heureuses, je pense en particulier à « Narcisse guette », ce spectacle sublime, lunaire et surprenant donné cette année sur les eaux du Grand-Canal au pied du Grand-Trianon par la Compagnie Ilotopie.
Suggestion à François de Mazières et à Emmanuelle de Crépy : penser dès maintenant à organiser, à terme, une vraie et ambitieuse exposition en plein-air de sculptures monumentales contemporaines sur les contre-allées de l’avenue de Paris. Etienne Pinte y avait songé mais c’est vrai que c’est très compliqué à monter et, il faut le dire, sûrement coûteux. Raison de plus pour y penser dès maintenant et à explorer cette idée forte que Bertrand Devys avait, à juste titre, avancée pendant la campagne des municipales.
En tout cas, bravo Jean-Jacques Aillagon ! Comme le dit Patricia Bouchenot-Déchin, présidente de l’Académie des Sciences morales de Versailles, la vocation du château comme de la ville est bien de demeurer un « lieu de création et de stimulation » culturelles et non pas une sorte d’industrie exclusivement vouée à explorer le passé.
Rédigé le dimanche 14 septembre.
« Jeff Koons à Versailles »
Grands Appartements et Parterre de l’Orangerie.
Du 10 septembre au 14 décembre 2008.
Tous les jours (sauf lundi) de 9 heures à 18 heures 30 jusqu’au 31 octobre puis de 9 heures à 17 heures 30 à partir du 2 novembre.
Nocturnes les samedis de 18 heures 30 à 22 heures
Entrée : 13, 50 €. Entrée libre à l’occasion du « Versailles Off» du 4 octobre.