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  • Versailles Au Coeur
  • Hervé PICHON, élu à Versailles de 1995 à 2008. Ancien adjoint à l'urbanisme, ancien administrateur de l'office d'HLM Versailles-Habitat. Un regard libre, personnel et sans parti-pris sur la vie à Versailles et sur la vie politique.

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Dimanche 9 novembre 2008 7 09 /11 /Nov /2008 07:19

Presque sur un coup de tête, sans réfléchir, j’ai pris dès l’aube le premier train pour Chaumont. Après un court trajet en autocar à travers l’austère paysage de Haute-Marne, me voici à Colombey-les-deux-Eglises.

Il doit être huit heures et demie du matin, ce 12 novembre 1970. Le village est déjà noir de monde. Pas question de circuler, c’est déjà bien beau d’avoir pu accéder à une place située à peu près au bord de la route qui conduit de la Boisserie à l’église. Commence alors, dans un froid sec somme toute assez supportable, une longue attente immobile jusqu’à l’heure de la cérémonie. Passent à pied devant nous des officiels et des Compagnons de la Libération, tels André Malraux, tout secoué de tics, ou Romain Gary, boudiné dans son vieil uniforme d’aviateur de la Royal Air Force.

De cette journée, je conserve d’abord le souvenir d’un grand et long silence recueilli, rompu seulement par le bruit d’un hélicoptère tournoyant au dessus du village ainsi que par les allées et venues des équipes de la Croix-Rouge et par les claquements de portière.

 

Peu avant seize heures, moteur au ralenti et suivi de plusieurs DS noires, passe lentement devant nous un engin blindé portant, recouvert de tricolore, le cercueil du général de Gaulle. De nouveau du silence puis, retransmise par haut-parleurs, une cérémonie toute simple. J’ai encore dans la tête ce « Je crois en toi, mon Dieu » chanté par une chorale de femmes ainsi que les voix des concélébrants pendant la messe.

Après le retour des DS noires vers la Boisserie, lents mouvements de foule jusqu’à la nuit, toujours dans le silence, de ce peuple de France que de Gaulle avait invité à l’accompagner ce jour-là, des messieurs en loden, des gens à casquette, des femmes en fichu, beaucoup de militaires.

La Boisserie, j’y ai pénétré avec émotion quinze ans plus tard, un clair matin d’automne, accompagné d’un ami. Nous étions à peu près seuls dans cette maison qui semblait comme encore habitée. En franchissant le seuil de cette demeure, je me suis souvenu que, à cet endroit exact, sous les deux pilastres de l’entrée, le Chancelier Adenauer et le général de Gaulle s’étaient rencontrés pour la première fois le 14 septembre 1958, soit à peine plus de treize ans après la fin du cauchemar. Dans mon bureau de l’Hôtel de Ville, qui est aujourd’hui celui de Thierry Voitellier, j’avais placé sur la cheminée une photo des deux hommes d’Etat, prise à l’Elysée en janvier 1963, le jour de la signature du traité du même nom. Il a quelques années, c’était un dimanche du Trauertag où Etienne Pinte recevait la communauté allemande d’Ile-de-France venue se recueillir devant les tombes de guerre rassemblées dans le cimetière des Gonards, j’avais montré cette photo à un diplomate de l’ambassade de la République fédérale.

Pour ceux de notre génération et pour les jeunes qui nous suivent, cultiver et enrichir l’amitié franco-allemande est plus qu’un devoir, c’est une source infinie d’enrichissement de notre identité d’Européens. C’est aussi le respect que nous devons à nos aînés, à tous ceux qui ont vécu les déchirements d’autrefois.

 

Coup de chapeau à François de Mazières pour avoir fait réaliser dans le magazine municipal un beau dossier sur le 90e anniversaire de l’Armistice du 11-Novembre et pour avoir permis l’organisation d’une exposition à l’Hôtel de Ville. C’est vrai que cet anniversaire nous « parle » très particulièrement, à nous, Versaillais, et que notre ville se devait de célébrer avec solennité la commémoration de ces quatre années d’héroïsme, de souffrances indicibles et d’horreur pendant lesquelles s’entretuaient les fils de la vieille Europe.

Il y a quelques années, j’avais évoqué avec François de Mazières, et aussi avec sa femme, Christine, l’idée de susciter une relation privilégiée entre Versailles et la ville de Potsdam, cœur historique du royaume de Prusse, capitale du Land de Brandebourg, l’une des plus grandes régions d’Allemagne, promise à un grand avenir depuis que la République fédérale s’est recentrée vers sa capitale historique.

Cette idée va-t-elle cheminer ? Je n’en sais rien mais je la soumets à François de Mazières avec une conviction forte : notre ville, qui fut capitale de la France et qui est sa capitale constitutionnelle, a une partition à jouer avec la ville qui fut capitale de la vieille Prusse, au cœur de l’histoire de deux nations que le père Hugo considérait comme « l’essence de l’Europe ».

 

Rédigé le dimanche 9 novembre 2008

Publié dans : Coups de coeur
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