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onsieur et Madame NIMBY (1) habitent un peu partout. On les rencontre dans les villes mais on peut aussi les trouver à la campagne. Dès que l’on s’avise de vouloir construire devant chez eux ou dans leur environnement immédiat un immeuble, un équipement ou une installation, ils ont instantanément la même réaction : « Où vous voudrez mais … pas devant chez moi ! ». C’est humain. Cela peut se comprendre. Ils ont d’ailleurs parfois tout à fait raison de protester et sont parfois dans leur bon droit. Mais pas toujours. Ils représentent en tout cas une donnée du monde d’aujourd’hui, surtout en milieu urbain, où l’espace constructible ou valorisable se fait rare. Une donnée qui rend la tâche très difficile, pour ne pas dire impossible, aux élus et à tous les détenteurs d’autorité publique qui veulent implanter là où cela serait possible des équipements collectifs, des logements sociaux ou des installations utiles à la collectivité. C’est pourquoi ces responsables doivent faire preuve de diplomatie et de capacité d’écoute, certes, mais peut-être plus encore d’une détermination à toute épreuve pour mener à bien, contre vents et marées, des projets d’intérêt public.
Monsieur et Madame NIMBY habitent aussi à Versailles. Pas plus qu’ailleurs. Pas moins qu’ailleurs. Mais ils savent y faire pour flanquer par terre un projet qui a le malheur de se trouver sous leurs fenêtres, surtout s’ils ont la chance de bénéficier de l’appui précieux d’un responsable public qui s’empresse de leur donner satisfaction. C’est bien ce qui vient de se passer rue La Bruyère à Versailles, où l’Office municipal d’HLM Versailles Habitat souhaitait, avec l’appui du précédent maire alors en place, édifier sur un terrain constructible de la résidence HLM de Richard-Mique, c'est-à-dire sous les fenêtres de Monsieur et Madame NIMBY, deux petits immeubles totalisant 36 logements sociaux. Cris d’orfraie, pétitions, et recours devant le Tribunal administratif de Versailles. Il faut dire que Monsieur et Madame NIMBY utilisent avec compétence les subtilités du droit de l’urbanisme et de la procédure de contentieux administratif, faisant feu de tout bois et invoquant tour à tour le « développement durable », le « principe de précaution » inscrit dans la Charte de l’Environnement et, même, le principe de … « la mixité sociale » ! Las ! Monsieur et Madame NIMBY n’ont pas été entendus par le Juge administratif qui, à l’occasion d’un jugement rendu il y a quelques semaines à propos du Plan Local d’Urbanisme (PLU), les a déboutés de leur demande d’annulation des permis de construire de Richard-Mique et a donné entièrement raison à la Ville de Versailles sur ce dossier. (2)
Heureusement pour eux, ils ont trouvé un bon ami. En la personne de François de Mazières qui, pendant sa campagne électorale des municipales leur a dit en substance ceci : « Vous ne voulez pas de ces deux immeubles de logements devant chez vous ? Votez pour moi, je vais vous arranger ça ! ». Bingo ! Ce fut un triomphe et Monsieur et Madame NIMBY avaient trouvé leur Joker. Exit le projet de construction de deux petits immeubles de logements aidés, un immeuble de 12 mètres de hauteur avec trois étages sur RC et contenant 9 trois-pièces et 7 deux-pièces plus une loge de gardien, un immeuble de 15 mètres avec cinq niveaux sur RC et contenant 7 deux-pièces et 13 trois-pièces. Si j’en crois l’hebdomadaire les Nouvelles de Versailles daté du mercredi 11 février, « Ce projet est abandonné mais nous réfléchissons à une autre implantation. Sur le site actuel de la maison de quartier de Clagny-Glatigny, rue Pierre-Lescot, nous prévoyons de reconstruire la maison de quartier en RC puis, au-dessus, de construire les 36 logements ». Bigre ! En cette période de restrictions budgétaires, construire trente-six logements au dessus d’un équipement collectif, et de surcroît sur un terrain pas vraiment spacieux, cela va coûter beaucoup d’argent. Surtout, cela va prendre beaucoup de temps, c'est-à-dire des années. Mais l’important n’est pas là, ce qui compte, c’est que Monsieur et Madame NIMBY aient eu satisfaction.
Cette affaire est à la fois très triste et très édifiante. Elle prouve tout simplement que le souci de l’intérêt public n’est plus que peu de chose quand il s’agit d’honorer une à une des promesses électorales. Si ce projet de 36 petits logements a été mené à bien - bouclé, financé et désormais purgé de recours - dans les années récentes par des élus courageux, contre vents et marées et à travers tous les recours et toutes les manœuvres, c’est justement par ce qu’il y a urgence. Une urgence qui est celle de notre société d’aujourd’hui : comment faire afin que des personnes âgées qui, pour certaines, vivent dans ce quartier de Richard-Mique depuis les années soixante, puissent continuer d’y vivre ? Justement, en édifiant, au coeur de cette résidence, non seulement des logements aidés, c’est-à-dire accessibles à des budgets modestes, mais aussi des logements de petite taille, conçus pour des personnes à mobilité réduite et qui permettraient à des personnes âgées aujourd’hui ou demain dans l’impossibilité de monter leurs escaliers, de vieillir là, au cœur de ce quartier où elles ont vécu, et de libérer ainsi leurs grands logements pour de jeunes familles. Cette urgence-là, elle peut attendre encore longtemps. L’important, c’est que Monsieur et Madame NIMBY aient trouvé un bon ami.
Rédigé le jeudi 12 février 2009
(1) : Acronyme de l’expression anglo-saxonne Not In My Back Yard. Littéralement : « Pas dans mon arrière-cour ! », c'est-à-dire par extension : « Pas dans mon jardin, pas devant chez moi ! ».
(2) : Voir mon article intitulé « PLU de Versailles : François de Mazières face à ses responsabilités » et publié sur ce blog le 1er janvier dernier.