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estructurer la gare ainsi que le quartier des Chantiers. Dès son accession au fauteuil de maire de Versailles en 1995, Etienne Pinte avait fait de ce dossier une priorité absolue. Il savait qu’il s’attaquait à forte partie tant l’entreprise s’annonçait enchevêtrée, difficile, et … politiquement périlleuse. Mais il savait aussi que l’intérêt public commandait d’agir.
Assurément, ce dossier est une clé incontournable de l’avenir de Versailles. Les enjeux se situent à hauteur de l’histoire de la cité royale : moderniser une gare pour la faire entrer dans le XXIe siècle, valoriser une friche pour y fixer de l’activité économique et pour revitaliser ainsi tout un quartier, désenclaver un secteur de Versailles pénalisé par sa géographie de cul-de-sac. En dépendent le mieux-vivre des habitants concernés et, aussi, une part déterminante de notre avenir commun à tous.
Un projet extrêmement complexe et pourtant conduit à son terme. C’était pour Etienne Pinte une sacrée gageure que celle de réunir autour d’un même projet des partenaires aussi divers que la SNCF, Réseau Ferré de France (RFF), l’Etat, des opérateurs de transports, des investisseurs privés et des collectivités territoriales. Il était par ailleurs logique que la mise en valeur de cette ZAC, ou zone d’aménagement concerté, fût confiée à un aménageur privé, celui-ci prenant à sa charge l’essentiel du risque financier tandis que, pour sa part, la Ville de Versailles jouait le rôle du chef d’orchestre.
Dix années de travail acharné. Sous l’impulsion d’Etienne Pinte, des élus, des fonctionnaires, des experts de la SNCF, avec des investisseurs, des architectes, des paysagistes, des bureaux d’études, ont accompli ensemble un vrai parcours d’obstacles : études en tous genres, choix d’un aménageur, passation de multiples protocoles entre les partenaires (SNCF, Etat, Syndicat des Transports d’Ile-de-France, etc.), création d’un pôle d’échanges multimodal, concertations et enquêtes publiques, adoption d’un nouveau plan d’urbanisme (PLU), nombreux recours, acquisitions de terrains, lancement d’un concours international puis d’un projet d’aménagement des étangs Gobert. Ouf ! Et encore, j’abrège.
Un visage du Versailles de demain. Une gare ferroviaire rénovée et agrandie, une gare routière toute neuve, près de 1100 places de stationnement, un nouveau quartier de vie avec un pôle commercial tourné vers les loisirs et la culture, un cinéma, 17 000 m² de bureaux, 42 logements pour les revenus modestes, sans oublier des équipements collectifs. Enfin, last but not least, le percement, au cœur du site des étangs Gobert, de voies de circulation prolongeant l’avenue de Sceaux, c'est-à-dire non seulement un désenclavement historique du quartier des Chantiers mais également l’occasion, tout aussi historique, de réaliser sur ce lieu jusqu’ici inaccessible un parc paysager unique en son genre.
A la fin du mandat précédent, le dossier était prêt à démarrer. Au fil des négociations et d’innombrables procédures, le projet a été très long à boucler et, malgré les obstacles, Etienne Pinte a pu signer les permis de construire avant la fin de son mandat. Non seulement j’étais là mais j’ai moi-même apposé mon paraphe sur ces permis au titre de ma fonction d’adjoint à l’urbanisme. Ce faisant, Etienne Pinte et moi nous faisions notre devoir : celui d’honorer la parole de la Ville, c'est-à-dire d’honorer la parole du conseil municipal, c'est-à-dire aussi, et en particulier, d’honorer la parole de François de Mazières ainsi que celle de ses colistiers actuels qui siégeaient alors dans la majorité.
Le dossier est aujourd’hui en panne. Plus d’un an après son élection, le nouveau maire bloque toujours le projet des Chantiers, dont il a pourtant approuvé toutes les délibérations, en particulier celle du 3 juillet 2007 portant approbation finale et solennelle du dossier de ZAC par le conseil municipal.
Au début, on stigmatisait le « multiplexe géant ». Manière habile - et électoralement successfull - de caresser dans le sens du poil la vieille hantise des « populations indésirables ». Comme si les exploitants qui, partout en France, investissent pour créer des cinémas dans des centres commerciaux ne prenaient pas les mesures propres à en assurer la sécurité, condition sine qua non de leur fréquentation. Comme si on avait oublié que, pour faire vivre, le soir et le week-end, des commerces, des bistrots et des lieux de convivialité, le cinéma, c’est ce qu’on a inventé de mieux parce que c’est ce qui apporte du passage, et donc de la vie. Comme si on ne s’était pas avisé que ce projet de cinéma aux Chantiers était justement une opportunité pour les Versaillais de préserver des chances de voir un jour un cinéma moderne s’implanter au cœur de leur ville et non à Parly II ou ailleurs.
« Le projet coûte trop cher ». Voici quels sont les ordres de grandeur. Coût global du projet adopté en juillet 2007 : un peu moins de 300 millions d’€. Coût net pour la Ville, toutes subventions prises en compte et hors équipements municipaux rajoutés en cours de route : de l’ordre de 30 millions d’€ (désenclavement du quartier, aménagement et voies des étangs Gobert, pôle d’échanges multimodal, acquisitions foncières). Bien sûr que c’est lourd ! Mais ce n’est guère plus de 10 % du total ! Et, surtout, c’est un investissement structurant, c'est-à-dire porteur d’une vie meilleure pour des milliers de Versaillais, porteur d’une nouvelle polarité de développement économique pour Versailles et prometteur d’un système de transports multimodal digne du XXIe siècle.
Faut-il investir pour l’avenir ou privilégier le présent ? Si ce projet sert l’avenir de Versailles, il faut accepter d’investir de l’argent pour l’avenir. Et il est normal que la charge de cet investissement, conçu à l’échelle des siècles futurs, soit répartie sur plusieurs générations par la voie d’un emprunt à long terme spécialement dédié au projet, ainsi que l’avait prévu la municipalité précédente. Mais, hélas ! Au moment où toute la France se mobilise contre la crise par le biais de l’investissement, la Ville de Versailles, pour sa part, patauge dans l’hésitation.
Dans ce débat, on a oublié quelqu’un : la population du quartier des Chantiers. Ces habitants de la « rive gauche de Versailles », qui subissent depuis tant d’années les nuisances d’une circulation totalement asphyxiée à certaines heures, on s’en soucie manifestement comme d’une guigne. Hélas pour eux, il est à craindre qu’ils attendent encore longtemps que leur quartier soit enfin désenclavé grâce à l’ouverture du site des étangs Gobert et que soit amélioré leur cadre de vie.
On a aussi perdu de vue un intérêt public qui dépasse de loin notre ville. Tout démontre que ce dossier des Chantiers est devenu une clé de l’aménagement du territoire du sud-ouest de l’Ile-de-France. Il aura un impact fort sur l’incontournable désenclavement du plateau de Satory, lui-même pièce maîtresse d’un futur parc d’activités et de recherche à visibilité mondiale que l’Etat veut créer entre Saclay, Saint-Quentin en Yvelines et Versailles. Il est également lié à la création de cette « tangentielle » ferroviaire ouest-sud que le Gouvernement, la SNCF, le Département des Yvelines et la Région considèrent comme l’un des principaux projets structurants pour l’Ile-de-France. Autant de raisons qui avaient conduit l’Etat, la SNCF et le STIF à inscrire dans leurs budgets, dans le cadre du Contrat de Projet Etat-Région (CPER), des sommes considérables pour lesquelles Etienne Pinte s’était battu de haute lutte. Qui peut assurer que, en ces temps de crise, les millions prévus pour la gare des Chantiers vont être « mis au frigidaire » le temps que le maire de Versailles se décide enfin à décider ?
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J |
e sais que je pose des questions qui ne font pas plaisir. Ne sommes-nous pas en train de courir tout droit vers un immense gâchis ? Vers de nouvelles études d’impact, vers de nouvelles enquêtes publiques, vers de nouvelles contestations et de nouveaux recours, autant dire vers l’immense gâchis d’années de travail, d’études et de négociation envolées en fumée, de décisions courageuses validées par le juge administratif mais tout de même prises en pure perte et d’argent public dépensé pour rien ? Quelque chose sortira-t-il de terre au cours du présent mandat, c'est-à-dire en fait au cours du suivant ? Qu’en sera-t-il de l’ambition initiale, en particulier de cette idée d’un très beau parc paysager sur le site des étangs Gobert ? Quel sera l’avenir du projet des Chantiers, un projet justement conçu pour l’avenir et pour lequel tant de gens ont soulevé des montagnes ?
Rédigé le jeudi 12 mars 2009 – Copyright Hervé PICHON