Partager l'article ! Bernadette Dupont, une dame de Versailles: L es lampions ...
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es lampions de la victoire socialiste au Sénat sont éteints. Un président à l’accent ariégeois est désormais au plateau, Gérard Larcher est de nouveau simple sénateur, un peu « comme un évêque redevenu pasteur » a-t-il dit avec humour, les nouveaux élus se perdent encore dans les couloirs et les anciens ont fait leurs cartons. Tel est le cas de Bernadette Dupont, qui s’en est retournée chez elle après avoir siégé six années durant au palais du Luxembourg en tant que sénateur apparenté UMP des Yvelines.
Je m’étais promis d’écrire et de publier ce billet avant le 25 septembre, jour des élections sénatoriales. Mais trop de travail professionnel, trop de fins de semaines remplies à ras bord : j’ai laissé passer la date. Heureusement toutefois, il n’est sûrement pas trop tard pour dire ici la déférente affection que je porte à Bernadette Dupont au moment où celle-ci, avec simplicité et discrétion comme à son habitude, se retire de la vie parlementaire et de la vie publique.
C’est en 1995, lors de mon entrée dans l’équipe d’Etienne Pinte, que j’avais fait sa connaissance. Elue municipale alors déjà chevronnée, Bernadette Dupont venait du milieu associatif et, très directement, du mouvement familial. Des années de dévouement militant, de vie d’élue et d’expérience personnelle ont fait d’elle quelqu’un qui, très concrètement, sait ce qu’est la vie des gens, sait ce que sont les difficultés d’une famille, celles des femmes et des mères, celles des pères, celles de l’enfance. Mieux que personne, elle sait ce qu’est le handicap et ce qu’il signifie dans la vie d’une famille. Ce n’est pas pour rien qu’André Damien puis, à son tour, Etienne Pinte lui ont confié des années durant des responsabilités lourdes et de tout premier plan dans le domaine social. Ce n’est pas pour rien qu’Etienne Pinte a fait d’elle son Premier adjoint en 2001. Ce n’est pas pour rien que Gérard Larcher et Etienne Pinte ont voulu son entrée au Sénat.
Tout au long de ces années de vie municipale partagées avec Bernadette Dupont, elle a été pour moi une référence. Dans son bureau proche de celui du maire, qui avait été avant elle celui d’Alain du Closel, j’ai toujours trouvé ce que je venais y chercher, c'est-à-dire une source irremplaçable de savoir et de sagesse ainsi que, à de nombreuses reprises, un soutien très précieux dans les moments de doute, dans les passages difficiles ou dans les coups durs. Bernadette fait partie de ces personnes à qui une vie très dense et une foi profonde ont donné cette force rare qui s’appelle la capacité de discernement, de voir clair et d’aller droit à l’essentiel. De l’aide, cette femme de caractère était toujours prête à en donner, y compris quand ça bardait sur le terrain. Je me souviens d’une réunion plus que houleuse, un soir devant des habitants pas franchement de bonne humeur à qui j’avais la pénible tâche d’annoncer que la Ville allait devoir faire abattre soixante vieux platanes avenue de la Maye. Bernadette était là dans le fond de la salle, venue me soutenir. Quelques jours auparavant, j’avais dit au maire : « Non seulement ils ne vont pas me manger mais, en plus, j’aurai un excellent garde du corps ».
A côté de Bernadette, il y avait Serge, son mari, disparu en 2003. Une très belle et très pure figure qui avait conservé de son passé d’ancien officier arabisant et familier du désert les vertus qui font les hommes dignes, celle de la générosité, celle du respect de l’autre, si petit et diminué soit-il, celle de l’humble fidélité aux devoirs d’état que la vie vient à imposer. Cet homme discret, d’une immense gentillesse et dont je savais le dévouement quotidien, me rappelait les officiers de tradition que j’ai connus dans ma famille, des hommes dont on retrouve le regard chez ces jeunes capitaines qui, aujourd’hui, servent la France en Afghanistan. Lors des obsèques de Serge célébrées en l’église Sainte-Jeanne d’Arc de Versailles le 26 décembre 2003, ses enfants ont rendu un hommage vibrant à ce grand seigneur qu’était leur père.
Dès son entrée au Sénat, la compétence de Bernadette Dupont dans le domaine social avait suscité l’attention de ses collègues. Tout au long de son mandat, elle s’est exprimée avec autorité sur des sujets qui lui « parlent », comme on dit aujourd’hui : les immenses dossiers du handicap et de la protection de toutes les personnes fragiles (égalité des chances pour les personnes handicapées, protection juridique des majeurs, maisons départementales des personnes handicapées), ceux de la famille (protection de l’enfance, modernisation du congé maternité et exercice de la parentalité, réforme des retraites), ceux de la santé (réforme de l’hôpital, rétention de sûreté et irresponsabilité pénale des personnes atteintes de troubles mentaux, protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques) et, bien sûr, ceux de la bioéthique sans oublier les affaires militaires, auxquelles elle a porté beaucoup d’attention. Par ailleurs, ses collègues de la commission des Affaires sociales lui ont confié en 2008 une mission difficile mais passionnante, celle d’être le rapporteur du projet de loi créant le revenu de solidarité active (RSA), l’une des réformes sociales majeures du quinquennat.
Dire ce qu’elle pense et élever le débat. Intervenant en janvier 2011 dans la discussion de la proposition de loi relative à « l’aide active à mourir », Bernadette Dupont avait posé crûment la vraie question qui est au cœur du sujet : « Mais quelle est donc, mes chers collègues, cette conception de l’homme qui rabaisse sa dignité et l’enferme dans son seul état biologique, psychique ou psychologique ? C’est le principe même d’humanité qui fait la grandeur, la liberté et la dignité de l’homme ». Ardente partisane du développement des soins palliatifs, elle savait de quoi elle parlait lorsqu’elle ajoutait dans le même débat que l’euthanasie, « œuvre intentionnelle de mort », n’exprime qu’une « impuissance oublieuse des rapports de cœur et de la main tendue ».
Ne pas transiger sur l’essentiel. Lors de la discussion du projet de loi de bioéthique en avril 2011, elle avait affirmé sans détour qu’une certaine forme systématique et abusive de dépistage prénatal, par exemple celui de la trisomie 21, « ne doit pas faire encourir le risque à plus ou moins brève échéance d’un eugénisme déjà latent », s’attirant sur certains bancs de très vives protestations et lazzis auxquels avait rétorqué quelques minutes plus tard un sénateur ami : « Notre collègue porte une conviction qui est enracinée dans une expérience devant laquelle chacun doit se montrer humble et respectueux, quelles que soient ses positions. » A propos du mariage, dont elle disait qu’il est « un engagement humain avec ses grandeurs et ses faiblesses », elle avait exprimé avec fermeté son opposition sans faille à une proposition de loi présentée en 2009 en faveur de l’enregistrement en mairie du pacte civil de solidarité : « On ne peut prendre le risque que le PACS, auquel est reconnue la facilité à défaire aisément le lien, soit assimilé au mariage fondateur de la famille, socle de notre société ».
Un bloc de convictions mais aussi une vraie capacité d’attention aux autres. Au début de notre deuxième mandat, des habitants d’un quartier de Versailles m’avaient demandé de l’aide pour régler un dossier hyper-délicat de difficultés graves de voisinage occasionnés par une résidente atteinte de troubles mentaux manifestes. Bernadette m’avait alors apporté les conseils et la sagesse de qui sait comment allier humanité et approche réaliste dans le traitement de ce problème très concret lequel, grâce à elle, avait reçu une solution respectueuse de la personne concernée. Dans le secret de son bureau de l’Hôtel de Ville puis dans celui de son bureau du Sénat, bien des familles ont trouvé chez elle conseils judicieux et appui solide dans des démarches entreprises pour résoudre des problèmes souvent très douloureux.
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as forcément commode, Bernadette. C’est la marque des êtres de caractère que celle de dire sans ambages ce qu’ils ont à dire. Mais nous sommes nombreux, Versaillais ou non, qui savons que derrière l’abord en apparence un peu bourru de Bernadette Dupont, derrière son regard qui vous transperce littéralement, il y a un cœur immense et une profonde humanité.
Rédigé le dimanche 16 octobre 2011 – © Hervé PICHON