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  • Hervé PICHON, élu à Versailles de 1995 à 2008. Ancien adjoint à l'urbanisme, ancien administrateur de l'office d'HLM Versailles-Habitat. Un regard libre, personnel et sans parti-pris sur la vie à Versailles et sur la vie politique.

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Lundi 23 mai 2011 1 23 /05 /Mai /2011 12:21

L

a violence routière est une plaie de notre société. Une plaie ouverte, une plaie à vif, une plaie qui, en 2010, aura tué 3 994 personnes de tous âges et blessé gravement des milliers d’autres, plongé des familles dans la souffrance, condamné des jeunes et des moins jeunes à des vies diminuées par le handicap. C’est vraiment de violence qu’il convient de parler ici et non d’une fatalité ou d’une sorte de rançon incontournable de la modernité. Certes, il y a l’impondérable, il y a les défaillances mécaniques, il y a l’erreur humaine, il y a tout simplement le destin, celui par lequel chacun d’entre nous peut rencontrer la mort sur une route ou dans la rue. Mais, toutes les études d’accidentologie le prouvent, la mort sur la route demeure une somme de malheur dans laquelle la part du comportement humain est déterminante. Qu’on le veuille ou non, elle est un scandale de civilisation qui nous place tous, qui que nous soyons, devant nos propres responsabilités personnelles.

 

Combattre sans pitié l’insécurité routière. Jacques Chirac en avait fait l’un des grands chantiers de son deuxième mandat et Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, s’y était attaqué avec détermination par des mesures courageuses qui ont bousculé les Français, telles que la mise en place de ces radars automatiques si décriés encore aujourd’hui par nombre de nos concitoyens ou, aussi, que les dispositions de sévérité prises à l’encontre de diverses formes de délinquance routière. Grâce à la ténacité des pouvoirs publics, grâce aussi aux progrès réalisés par les constructeurs automobiles en matière de sécurité passive et active des véhicules, des résultats spectaculaires ont été obtenus sur plusieurs années et nous sommes loin, désormais, des 18 000 morts de 1972 : 6 310 tués hors deux-roues motorisés en 2002, 3 086 en 2009 avec, hélas, une augmentation continue de l’accidentalité des deux-roues, en particulier de celle des motocyclistes (1).

 

Tout indique, cependant, que ce combat est loin d’être gagné. Malgré la fermeté des responsables publics, en particulier celle de Dominique Bussereau, secrétaire d’Etat chargé des Transports de 2002 à 2004 puis de 2007 à 2010, un ministre qui n’a jamais baissé les bras sur ce dossier pourtant plus que périlleux politiquement, la route continue d’être le lieu de toutes les transgressions : 25 046 grands excès de vitesse (supérieurs à 50 km/h au dessus du maximum autorisé) relevés en 2010, excès de vitesse de plus de 40 km/h treize fois plus fréquents chez les motards que pour l’ensemble des usagers, 30 % des accidents constatés ont pour cause première l’alcoolémie (responsable de 1200 tués en 2009), 10 % des accidents corporels sont imputables à l’usage du téléphone au volant, etc. Le vrai combat, celui qu’il faut continuer de livrer jusque dans nos têtes est surtout celui du respect des limitations de vitesse, dont on sait qu’il est la clé première de la réduction du nombre de tués sur la route, dont on sait qu’il est la condition directe d’une diminution potentielle de quelque 760 morts.

 

François Fillon a pris le taureau par les cornes. Les décisions qu’il a arrêtées à l’occasion d’une réunion du Comité interministériel de la Sécurité routière le 11 mai dernier à Matignon marquent un tournant dans l’histoire récente des politiques publiques de sécurité routière. Parmi les mesures prises, certaines suscitent de très vifs débats, en particulier la suppression des panneaux annonçant la présence de radars fixes et l’interdiction des avertisseurs de radars ainsi que l’aggravation des sanctions en matière d’alcool au volant et d’usage de la téléphonie mobile. Alors, bien sûr, ça râle fort sur les forums du net, des associations se mettent en branle, des élus s’émeuvent. Je ne vais pas ici résumer le débat - j’en aurais pour des pages - mais je voudrais seulement inciter ceux et celles que ce sujet interpelle à se poser une seule question : « Et si nous faisions tous collectivement le deuil de notre rapport personnel à la vitesse, c'est-à-dire au fond le deuil de nos petits arrangements quotidiens - moi tout le premier - avec les limitations de vitesse sur les routes et dans les rues de nos villes et de nos villages ? »

 

C’est clairement sur cette question centrale de la vitesse que nous devons changer de logiciel. Nous avons tous devant nous une vraie révolution à accomplir, une révolution dans les têtes : les limitations de vitesses ne peuvent plus être considérées comme des données « négociables » une fois passé le radar rencontré sur la route et en attendant le radar suivant, elles doivent désormais faire partie du logiciel-système que nous avons tous dans la tête, au même titre qu’en font partie d’autres règles que l’on ne transgresse pas, tout simplement parce qu’elles sont la base de toute vie en société.

 

La suppression des panneaux d’annonce de radars fixes et l’interdiction de l’usage des avertisseurs de radars sont des mesures qui frappent l’opinion. Peut-être seront-elles justement les éléments déclencheurs de ce changement complet de paradigme qui est devenu plus que nécessaire en France : on n’est pas ici dans une simple logique de répression mais bien dans une volonté de créer un choc dans les esprits, de susciter dans les comportements un autre modèle de conduite, celui de la vitesse-plafond bien ancrée dans les têtes comme elle l’est aux Etats-Unis, un pays où il n’est pas rare de voir, dans certaines régions, des voitures rouler à 70 miles à l’heure (113 km/h) sur des routes pourtant vides de toute circulation et ceci sans que quiconque s’en étonne.

 

Des parlementaires se sont fait l’écho des réactions de beaucoup de Français. Ce faisant, ils sont clairement dans leur rôle et on ne peut qu’approuver l’idée actuellement dans l’air de créer à l’Assemblée nationale une mission d’information qui fera le tour de la question. Parmi les pistes à explorer, il me semble qu’il y en a au moins deux qu’il faudrait approfondir d’urgence : celle, tout d’abord, d’une meilleure adaptation des mesures de limitation de vitesse aux réalités du terrain et à la nature des routes et voies concernées (cela à-t-il du sens de limiter la vitesse à 50 km/h sur des pénétrantes urbaines à quatre voies ?) ; celle, ensuite, d’une information enfin claire et efficace des automobilistes sur la limitation qu’ils doivent respecter car le pire, pour eux, est de ne pas savoir exactement ce qu’il en est à l’endroit précis où ils se trouvent. Mais, bien sûr, il y a sûrement beaucoup d’autres sujets à traiter et les parlementaires auront donc du pain sur la planche.

 

L

e combat contre la violence routière appelle l’investissement personnel de chacun d’entre nous. Il implique bien évidemment en premier lieu l’effort de lever le pied, même si cela est difficile, même si cela peut être vécu comme une absurde amputation de liberté. Mais, par les temps qui courent, ce combat peut aussi prendre la forme d’un engagement de libres citoyens pour soutenir et défendre l’action courageuse que, sur ce terrain si crucial du combat contre la violence routière, mènent François Fillon, Premier ministre, et Claude Guéant, ministre de l’Intérieur. Leur combat est le nôtre, leur mobilisation doit être la nôtre et leurs résultats de demain en nombre de vies sauvées seront l’honneur de notre pays.

 

 (1) : Cf. http://www.securiteroutiere.gouv.fr/

 

Rédigé le dimanche 22 mai 2011 – © Hervé PICHON

Publié dans : Vie Politique
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