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  • : Hervé PICHON, élu à Versailles de 1995 à 2008. Ancien adjoint à l'urbanisme, ancien administrateur de l'office d'HLM Versailles-Habitat. Un regard libre, personnel et sans parti-pris sur la vie à Versailles et sur la vie politique.

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Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /2009 17:16

A

vec une association d’anciens Français libres à laquelle appartenait autrefois mon père, j’ai participé l’autre jour à une visite de l’hôtel Matignon.  Laissant en plan ses tâches en cours, François Fillon est venu passer avec nous un bref moment, exprimant en quelques mots chaleureux la considération respectueuse qu’il porte à ces visiteurs âgés dont beaucoup ont été, sur les théâtres d’opérations de la France libre ou dans les maquis où ils avaient été parachutés depuis l’Angleterre, d’authentiques héros de la Résistance et de la Libération.

 

Depuis plus de trente ans, j’éprouve une vive sympathie pour François Fillon. Nous nous étions connus à la fin des années soixante dix à l’Assemblée nationale. Il terminait alors des études de droit et était le collaborateur du député gaulliste et ancien ministre Joël Le Theule. Pour ma part, je terminais l’Institut d’Etudes Politiques et j’étais le collaborateur d’un autre député gaulliste, Roger Crespin, avant de devenir quelques temps plus tard celui de Maurice Druon, député de Paris.

 

Je conserve de lui le souvenir d’un garçon placide et discret, plutôt sérieux et bosseur mais doué d’un authentique sens de l’humour pince-sans-rire. Lorsque nous évoquions nos projets d’avenir, lui rêvait de devenir journaliste à l’AFP et moi de devenir député. C’est lui qui est devenu député, arrachant de justesse en juin 1981 la circonscription de Sablé-sur-Sarthe laissée vacante par la disparition subite de Joël Le Theule quelques mois plus tôt. De loin en loin, nous avions continué de nous croiser fugitivement quoique nos routes se fussent éloignées mais j’ai toujours suivi ce parcours brillant d’un ministre qui a été acteur de quelques unes des grandes réformes accomplies en France au cours de ces dernières décennies, en particulier celles des télécommunications puis, plus tard, celle des retraites.

 

A Matignon, Fillon s’est placé d’emblée, me semble-t-il, dans la tradition de Michel Debré, c'est-à-dire d’un chef de gouvernement plongé jour et nuit dans la soute à charbon du navire. On m’objectera que toutes les impulsions viennent d’en-haut et que c’est Nicolas Sarkozy lui-même qui est un « hyper-président » d’un nouveau genre, lui aussi constamment au charbon. L’objection est exacte mais l’un n’empêche pas l’autre : s’il est vrai que beaucoup des projets de réformes sont lancées depuis l’Elysée, il faut bien quelqu’un aux manettes pour faire tourner à plein régime une machine gouvernementale chauffée à blanc comme elle ne l’avait probablement jamais été dans l’histoire de la Cinquième République.

 

Assurément, Sarkozy et Fillon ne vont pas transformer le pays en profondeur en cinq ans ! Mais, déjà, ils l’ont déjà fait sacrément bouger. Ils ont ouvert des chantiers de fond, de ceux qui permettront de faire évoluer une France qui paraissait jusqu’à ces dernières années totalement enlisée dans ses ornières, emprisonnée dans ses blocages, engourdie dans une mortelle torpeur, celle là justement qui a conduit au séisme politique du 21 avril 2002, avec Le Pen au second tour de l’élection présidentielle.

 

Voici quelques unes de ces réformes, de celles qui me paraissent, à l’heure actuelle, les plus importantes, les plus porteuses de vrai changement. Cette liste n’est sûrement pas complète, loin s’en faut, et elle est bien évidemment totalement subjective. Mais j’y vois la preuve que, dans ce pays de 65 millions d’habitants si compliqué et si difficile à gouverner, des hommes et des femmes déterminés ont commencé de dégripper la mécanique rouillée de la France.

 

Cela n’est pas rien que la France ait retenu en 2007 le principe d’un « bouclier fiscal ». Ce sujet reste sensible, je le sais, mais il est pourtant essentiel puisque, désormais nul ne peut, en principe, être imposé au-delà de 50 % de ses revenus. J’ajoute que la suppression des droits de succession pour les héritiers les plus directs n’est pas non plus une réforme mineure. Contrairement à ce qu’on dit, ces réformes ne sont pas « faites pour les riches » mais impactent toute une France moyenne qui était arrivée au-delà du découragement.

 

Depuis plus de quarante ans, des esprits lucides appelaient de leurs vœux l’autonomie des universités françaises. Avec la loi du 11 juillet 2007, le train est lancé et ne s’arrêtera plus même si se sont produits les soubresauts auxquels ont pouvait s’attendre. Tant de ministres se sont cassé les dents sur ce dossier de l’enseignement supérieur et de la recherche depuis Edgar Faure que, vraiment, je tire mon chapeau à Nicolas Sarkozy, à François Fillon et, surtout, à Valérie Pécresse, d’avoir mené cette réforme à tous égards historique, de n’avoir pas reculé devant les cris d’orfraie d’une gauche scandalisée que l’on vienne ainsi sur ce qu’elle considérait comme son terrain et d’avoir tenu bon au milieu de toutes les tempêtes.

 

Nées le 4 octobre 1958, les institutions de la Cinquième avaient besoin d’un sérieux coup de jeune, surtout depuis qu’on avait raccourci la durée du mandat présidentiel. Réformer la constitution était un exercice politique extrêmement périlleux, et pas seulement parce qu’il fallait réunir une majorité qualifiée au Congrès réuni à Versailles. A une voix de majorité, Sarkozy y est parvenu. Tout n’est pas probablement pas parfait, loin de là, mais, tout de même, les droits du Parlement ont été significativement revalorisés, le nombre de mandats présidentiels est désormais limité et les citoyens pourront saisir le Conseil constitutionnel.

 

Depuis les années Rocard, on savait que le système du Revenu minimum d’insertion (RMI) était devenu une vraie trappe à pauvreté. Créé par Martin Hirsch au terme d’une expérimentation conduite dans trente trois départements, le Revenu de solidarité active (RSA) permet désormais d’encourager le retour au travail par une allocation de complément et par un accompagnement adapté. La naissance de cette réforme a été difficile mais on la devait aux sept millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté et aux quelque trois millions de travailleurs pauvres que compte notre pays.

 

Il fallait mettre de l’organisation dans l’univers de l’hôpital. Roselyne Bachelot s’y est attelée résolument, modernisant enfin le statut des établissements hospitaliers, créant les communautés hospitalières de territoire et donnant aux Agences régionales de santé (ARS) le rôle de chef d’orchestre qu’exige une politique moderne d’offre de soins.

 

Assurément, j’en oublie beaucoup d’autres, de ces changements grands ou petits qui ont été mis en œuvre au cours des ces dernières années. La réforme des trente-cinq heures, celle de la formation professionnelle, celle de la représentativité syndicale, celle du service minimum à l’école comme dans les transports publics, la terrible RGPP (Révision générale des politiques publiques) qui insuffle de la productivité dans bien des administrations, la douloureuse carte judiciaire, les changements intervenus dans la politique de défense et la carte militaire, le train de mesures induit par le Grenelle de l’environnement, la relance de l’Europe avec le traité de Lisbonne et le lancement de l’Union pour la Méditerranée, etc. : ce n’est pas étonnant que les Français aient le tournis !

 

B

ien sûr, toutes ces réformes engagées ne sont sûrement pas parfaites, loin s’en faut. Elles soulèvent des débats, elles suscitent des inquiétudes et des questions, elles provoquent des mouvements d’humeur, voire de franches oppositions. C’est normal et c’est bien le contraire qui serait étonnant. A tous les amis qui s’en inquiètent, je dis cependant que le mouvement du changement qui a été lancé ne va pas s’arrêter là et qu’il y a encore tant de choses à faire  pour tirer la France de son engourdissement mortel : simplifier le mille-feuilles des collectivités territoriales, rouvrir quoiqu’il en coûte le débat sur l’avenir des retraites, accomplir enfin la réforme du lycée, si cruciale pour toute une génération, assurer la relance de l’investissement, lequel est en passe de régresser de près de 8 %en 2009, à travers la suppression de la taxe professionnelle et un grand emprunt exclusivement consacré à l’avenir, etc. Une chose est sûre en tout cas : tout ce travail abattu depuis juin 2007 n’aurait pas vu le jour s’il n’y avait pas, solide au poste et affairé à la salle des machines du navire gouvernemental, le soutier de Matignon.

 

Rédigé le mercredi 11novembre 2009 – C. Hervé PICHON

- Publié dans : Vie Politique
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