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  • Hervé PICHON, élu à Versailles de 1995 à 2008. Ancien adjoint à l'urbanisme, ancien administrateur de l'office d'HLM Versailles-Habitat. Un regard libre, personnel et sans parti-pris sur la vie à Versailles et sur la vie politique.

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Samedi 1 janvier 2011 6 01 /01 /Jan /2011 21:35

L

es  bras chargé de livres, j’attends mon tour à la caisse d’une librairie et, sur le comptoir,  j’aperçois un petit fascicule sur la couverture duquel est inscrit ce titre comminatoire : « Indignez-vous ! ». Je l’achète sur le champ et, à peine rentré chez moi, j’en dévore les vingt deux pages, un plaidoyer vigoureux sur le thème de la faculté d’indignation et de la capacité d’engagement adressé aux jeunes générations. Un texte dense, vif, nerveux, truffé de références aux valeurs qu’avait affirmées le Conseil National de la Résistance en mars 1944. L’auteur de ce petit ouvrage qui rencontre ces jours-ci un succès foudroyant (500 000 exemplaires auraient été vendus en quelques semaines, si j’en crois la presse) est Stéphane Hessel, une personnalité de gauche connue de longue date pour ses prises de position en faveur du respect de tous les droits de l’homme.

 

Stéphane Hessel, ce n’est pas n’importe qui. Né à Berlin en 1917, fils d’un écrivain juif allemand exilé en France dans les années vingt, il est entré à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm en 1939. Dès 1941, il rejoint Londres et est envoyé en mission en mars 1944 en territoire occupé par les services secrets de la France libre. Arrêté sur dénonciation, il est torturé par la Gestapo, déporté à Buchenwald puis au camp de Dora et échappe in extremis à l’exécution par pendaison à laquelle il était condamné. Entré au Quai d‘Orsay au lendemain de la Libération, il fait partie de l’équipe de l’ONU qui rédige, avec en particulier le concours de René Cassin, futur prix Nobel de la Paix, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948. Stéphane Hessel poursuit ensuite une carrière diplomatique. Elevé à la dignité d’Ambassadeur de France - l’équivalent du rang de général d’armée - par Mitterrand, il est et demeure aujourd’hui une conscience de la gauche française. Assurément, ce toujours jeune résistant de 93 ans m’inspire, pour ce qui me concerne, un respect très sincère, même si je ne partage nullement, mais alors là pas du tout, ses engagements politiques et partisans.

 

Qu’il me soit permis toutefois de dire ici mon désaccord total avec une partie de son discours. Stéphane Hessel nous dit en substance que, aujourd’hui, « c’est tout le socle des conquêtes sociales de la Résistance qui est mis en cause », invoquant en particulier à l’appui de cette affirmation la « mise en cause » des retraites. Bien au contraire ! C’est parce qu’elle a le courage de s’attaquer de front aux déséquilibres grandissants du mode de financement du système de retraites créé par de Gaulle à la Libération que la France d’aujourd’hui se donne une chance d’en préserver la pérennité. Lorsqu’elle était au pouvoir, la gauche n’a pas eu ce courage et s’est contentée, entre 1997 et 2002, de commander des rapports sur ce sujet explosif. En prenant le taureau par les cornes de manière responsable, la droite aujourd’hui aux affaires défend plus sûrement l’avenir de nos retraites que les réalités de la démographie, qui les condamnent inéluctablement si l’Etat-providence né de la guerre n’est pas capable de se re-fonder.

 

Cet appel au devoir d’indignation pourrait être utilement décliné. Sans aucun souci de la nuance, Stéphane Hessel nous fait pêle-mêle la liste de ses motifs d’exécration : la course à l’argent, la dictature internationale des marchés financiers, la « pensée productiviste portée par l’Occident »,  la politique à l’égard des sans-papiers et des immigrés, la politique d’Israël, etc. Bigre ! Mais, bon, je tiens pour positif le fait qu’il invite les jeunes, et aussi les moins jeunes, à cultiver les valeurs d’indignation et d’engagement, soulignant que « la pire des attitudes est l’indifférence ». Justement, cela tombe bien : des motifs d’indignation, ce n’est pas ça qui manque. En vrac, en voici quelques uns : une société qui, pendant tant d’années, a accepté le chômage comme une fatalité contre laquelle « on a tout essayé » et où tant de gens s’enfoncent dans une misère dont on n’ose même pas prononcer le nom, une société où tant de nos concitoyens souffrent de la pénurie de logements accessibles, une société qui tolère que tant de jeunes sortent du système scolaire sans maîtriser les fondamentaux du savoir, une société qui laisse se déchirer un modèle familial devenu si fragile que c’est elle-même qui en devient dangereusement malade, une société où on consacre si peu d’argent à la recherche sur les maladies génétiques de l’intelligence mais où le dépistage prénatal de la trisomie 21 connait de dangereuses dérives, une société au sein de laquelle des gens se sentent montrés du doigt parce qu’ils sont catholiques ou musulmans ... Je m’arrête là : j’en aurais pour des pages si je continuais sur cette lancée.

 

A

tous ceux et à toutes celles qui, Versaillais ou non, me font l’honneur de lire ce blog, j’adresse des vœux très chaleureux au seuil de cette année nouvelle. Pour reprendre une expression très juste employée par Stéphane Hessel, soyons attentifs à ce que « notre société reste une société dont nous nous soyons fiers ». Gardons l’esprit critique et les yeux ouverts. Sachons marcher contre le vent. En un mot : sachons nous indigner. Justement parce que l’indignation, c’est une valeur forte qui appartient à tout le monde.

 

 

Rédigé le samedi 1er janvier 2011 – © Hervé PICHON

Publié dans : Vie Politique
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Commentaires

J'ai bien apprécié votre commentaire sur l'ouvrage de Mr Hessel.Je ne l'ai pas lu mais je trouve moi aussi le titre trés "motivant". J'espère que dans son ouvrage S Hessel s'indigne dess silence de la gauche française sur les dictatures de gauche : castrisme,maoisme chinois,maoisme cambodgien,communisme de corée du nord,dictatures musulmanes diverses et variées...
Ce manque d'indignation de nos démocrates de gauche m'indigne profondément et m'inquiète énormément car "qui ne dit mot consent"!!
Commentaire n°1 posté par daudon le 04/01/2011 à 18h13
 
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