Partager l'article ! La disparition de Pierre Lefranc: C ’est avec une trè ...
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’est avec une très vive émotion que j’apprends ce matin par le Figaro la disparition de Pierre Lefranc. Cette silhouette trapue, ce visage barré d’une épaisse moustache, cette voix qui avait parfois tendance à virer vers l’aigu, c’étaient pour moi des signes familiers d’une époque et d’une génération qui étaient celles de mon père, quoique ce dernier fût un peu plus âgé. Un authentique héros de la Résistance, évadé de France vers l’Angleterre, parachuté sur la France occupée, baroudeur de maquis, un très bel exemple de ce que peut signifier concrètement cette passion humaine si forte et si violente qu’est l’amour de la France.
La première fois que je l’avais rencontré, c’était en 1975 à l’occasion d’un déjeuner où m’avait amené mon père à la Maison de la France-Libre. Etaient présents Yves Lancien, futur député RPR du XIVe arrondissement de Paris, et Pierre Lefranc, à ce moment-là auditeur à l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale, tous deux anciens Cadets de la France Libre, c'est-à-dire ancien élèves de cette école d’officiers créée en Angleterre par De Gaulle en 1940 et où mon père, alors jeune capitaine d’active, fut leur instructeur après son évasion de France en 1943. (1) Ils étaient des hommes encore jeunes, ardents et enthousiastes, passionnés de la France et de son rang dans le monde mais aussi très critiques à l’encontre d’une époque - on était sous Giscard - qu’ils ne reconnaissaient plus.
Gaulliste parmi les gaullistes, il ne fallait pas le chatouiller sur ce sujet. Envers et contre tout, il était de ces grognards demeurés fidèles à l’idéal de leur jeunesse et aux combats de leur vie. Pierre Lefranc était le défenseur intraitable d’une certaine idée de la France et de la République, il était resté résistant dans l’âme, n’hésitant pas à dire et à écrire ce qu’il pensait, quoiqu’il pût lui en coûter, en particulier après le départ du fondateur de la Cinquième République. La dernière fois que je l’ai revu, toujours le même, ombrageux et indomptable, c’était en novembre 2009, un jour où François Fillon avait reçu à Matignon l’Amicale des Cadets de la France Libre, une association très vivante dont Pierre Lefranc était le président.
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ère, voici tes fils qui se sont tant battus. Ces simples mots empruntés à Charles Péguy, De Gaulle les avait prononcés lors d’un discours devant les Français libres réunis en 1942 à l’Albert-Hall de Londres. Pierre Lefranc en avait fait le titre d’un livre de souvenirs qu’il avait publié en 1974, un ouvrage bouleversant qui débute par le récit de cette héroïque et tragique manifestation d’étudiants à l’Arc-de-Triomphe le 11 novembre 1940. Alors âgé de dix-huit ans, Pierre Lefranc avait vu devant lui, à quelques dizaines de mètres, - était-ce à l’angle de l’avenue de Wagram ou à celui de la Grande-Armée ? - des soldats de la Wehrmacht ouvrir le feu sans aucune sommation vers des jeunes désarmés dont certains devaient être encore en culottes courtes. Cette génération, celle de Pierre Lefranc, celle aussi de mon père, sait ce que signifient la violence absolue et la rage de ne pas céder. Cette génération sait ce qu’est le prix du sang et des larmes.
(1) : cf. billet publié sur ce blog le 18 juin 2010 : http://www.versailles-au-coeur.com/article-dix-huit-juin-52516609-comments.html#anchorComment
Rédigé le lundi 9 janvier 2012 – © Hervé PICHON