Partager l'article ! La protestation de Pierre-Hervé Grosjean: D ...
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ans Le Monde Magazine daté du samedi 3 avril, il y avait un dessin qui a fait très mal à beaucoup de gens. Le supplément week-end du quotidien du soir présente chaque semaine une page entière des cartons de Plantu, un dessinateur de presse très talentueux qui, souvent, a le trait juste et qui, souvent, sait faire rire. Mais ce samedi-là, même s’il était mélangé parmi plein d’autres, un dessin ne m’a pas fait rire du tout. Présenté comme transmis à la manière d’une farce par Plantu à la directrice de la rédaction du Monde pour lui faire croire qu’il paraîtra à la Une, ce dessin est exécuté en traits tremblés, comme une manière de brouillon non destiné à être publié. Mais là où le procédé devient vraiment pervers, c’est que le dessin est bel et bien publié. Il représente le Pape Benoit XVI dans une posture qui relève de la plus révoltante pédo-pornographie.
Je ne vais pas rentrer ici dans le débat qui fait rage depuis des semaines en France. A travers toute la presse écrite et audio-visuelle ont fleuri ces temps derniers les diverses mises en cause dont fait l’objet l’Eglise catholique à propos de faits de pédophilie. Ce n’est pas le propos de ce billet de traiter de cette question. En revanche, je suis indigné par la façon dont, à l'occasion de nombre de ces enquêtes et de ces émissions, des gens essaient sciemment de heurter, c'est-à-dire de blesser, la conscience et la sensibilité d’hommes et de femmes dont la foi et l’espérance méritent ce quelque chose de gratuit qui s’appelle le respect.
Pierre-Hervé Grosjean est un jeune prêtre ouvert, actif et décidé. Vicaire de la paroisse de la cathédrale Saint-Louis de Versailles, aumônier de collégiens et de lycéens, l’abbé Grosjean est bien dans sa génération. Il sait en particulier utiliser les moyens modernes de communication pour accomplir sa mission pastorale et pour faire partager la foi rayonnante qui est la sienne. Il s’intéresse de près au mouvement de la société et ce n’est pas pour rien que son évêque lui a confié la mission de suivre les questions politiques, de bioéthique et d’éthique sociale pour le diocèse de Versailles.
Sans hésiter, il a pris sa plume et a écrit à la rédaction du Monde après la publication de ce dessin blessant. Sans doute n’est-il pas le seul à avoir ainsi écrit mais le quotidien publie sa lettre, un texte court, rédigé d’une plume digne et calme, sans agressivité ni polémique mais avec des arguments qui font mouche *. « Je ne refuse ni l’humour ni la caricature, y compris sur l’Eglise », dit-il. « Mais il y a là une volonté de nuire, de salir, de détruire … en aucun cas celle de dénoncer les crimes des pédophiles ».
Dans la suite de son argumentation, Pierre-Hervé Grosjean met le doigt sur une plaie de notre débat public dans la France d’aujourd’hui, le syndrome de l’amalgame. Il ajoute en effet : « Peut-être qu’un jour Le Monde donnera la parole aussi à ces prêtres qui font le bien, dans le silence. Peut-être qu’un jour Le Monde s’intéressera à ces jeunes prêtres, heureux d’être prêtres. Nous sommes à votre disposition … 20 000 prêtres et religieux en France. 30 en prison pour pédophilie. 30 de trop. Il vous en reste 19 970 dont vous pourriez parler … » En quelques phrases simples, tout est dit sur ce détestable prisme déformant qu’est la généralisation grossière ou l’amalgame volontaire, une manière bien contemporaine de vouloir blesser autrui à coups de mots.
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ivons-nous dans une société de respect ? Assurément non. Faire ce constat, ce n’est pas une découverte bien originale. Mais je crois que nous nous enfonçons, en France, dans une dérive réellement grave, celle qui conduit vers une forme collective de chasse à l’homme, de hallalis médiatiques sans nuances, sans retenue, sans respect. Avec parfois des appels publics à la haine de l’autre, comme l’a courageusement souligné récemment dans une émission radiophonique de Marc-Olivier Fogiel le député de Rambouillet Jean-Frédéric Poisson à propos d’invectives haineuses proférées, semble-t-il, contre les chrétiens dans un festival de musique rock hard metal. Assurément, la critique sans complaisance, la mise en cause, l’enquête, l’humour, l’impertinence, les contre-cultures, etc. font partie de libertés publiques qui ne se discutent pas. Est-il possible pour autant que, à quelque groupe humain ou à quelque confession ils appartiennent, des citoyens se sentent collectivement agressés, moqués, caricaturés, traînés dans la boue sans que ce soit la société tout entière qui en soit très gravement abaissée, pour ne pas dire très gravement blessée dans sa dignité ?
* : Le Monde Magazine, supplément du Monde daté du samedi 3 avril 2010, page 4
Rédigé le samedi 10 avril 2010 – © Hervé PICHON
Tout à fait exact. Je n'étais pas informé de la mutation à Houilles de l'abbé Grosjean lorsque j'ai rédigé ce papier samedi matin, et ceci d'autant plus que le site de la paroisse Saint-Louis le mentionne encore comme vicaire.
Merci de votre précision.
H.P.
il est temps en effet après le silence de prendre la parole et de dire les choses, sans haine ni excès pour rendre témoignage à la Vérité.
Guy BOURACHOT
J'espère que beaucoup de gens, comme vous, arrivent à ce stade de réflexion humaine, et ne se laissent pas plonger dans la boue de l'indifférence, de l'irrespect et de la critique facile !