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hebdomadaire Famille Chrétienne du 26 décembre consacre plusieurs pages au dossier du logement des plus démunis et se fait l’écho d’un appel du Père Bernard Devert. Aujourd’hui âgé de 62 ans, cet ancien promoteur immobilier devenu prêtre a fondé en 1985 Habitat et Humanisme, un mouvement qui regroupe 47 associations couvrant 60 départements et qui a accueilli dans des logements d’insertion plus de 10 000 familles depuis sa création. « En France, certaines familles dorment dans leur voiture, d’autres dans des campements de fortune quand ce n’est pas dans des centres d’hébergement saturés », clame Bernard Devert, qui ajoute : « … 100 000 SDF hantent nos rues quand de l’autre côté du digicode ou de la grille, 450 000 logements privés sont inoccupés ». En peu de mots, tout est dit sur ce qui constitue, ou plutôt devrait être, un vrai sujet d’indignation publique pour la société française d’aujourd’hui : plus de 100 000 personnes à la rue, plus de trois millions de personnes mal logées.
Vers la fin de 2007, le mouvement Habitat et Humanisme avait inauguré la maison-relais qu’il a créée rue d’Angiviller à Versailles. Je me souviens de cette réunion chaleureuse qui rassemblait les résidents, des volontaires et bénévoles ainsi que de nombreuses personnalités, parmi lesquelles Etienne Pinte, alors député-maire de Versailles, et Valérie Pécresse, membre du Gouvernement. Cet immeuble appartenant à la congrégation des Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition était à l’origine une maison de retraite. Mais comme il ne répondait plus aux normes en vigueur, la congrégation a confié à Habitat et Humanisme le soin d’en faire, par le biais d’un bail à réhabilitation, une maison-relais, c'est-à-dire une véritable pension de famille qui réunit aujourd’hui sous le même toit 22 personnes en studios avec espaces collectifs, 17 étudiants boursiers et trois familles en habitat individuel, le tout sous la houlette de deux responsables et d’une vingtaine de bénévoles, accompagnants et bricoleurs en tous genres. Une réalisation magnifique et exemplaire à laquelle Etienne Pinte a apporté une contribution déterminée et déterminante. Ce jour-là, le Père Bernard Devert avait prononcé un discours que je ne suis pas prêt d’oublier, une véritable homélie insistant sur l’indépassable dignité de la personne humaine, laquelle doit se trouver au centre de tout, qu’il s’agisse de l’organisation de la Cité ou, tout simplement, de la vie sociale de chacun d’entre nous (1).
Après les municipales de 2008, j’ai rejoint les rangs de Solidarités Nouvelles pour le Logement, un mouvement associatif qui poursuit des buts comparables. Là aussi, une très belle histoire humaine : deux frères habitants de l’Essonne, tous deux patrons de PME du bâtiment, décident en 1988, sur le modèle de l’initiative prise par Jean-Baptiste de Foucauld pour lutter contre le chômage, de mobiliser des bonnes volontés en faveur de la création de logements-passerelles, c'est-à-dire de ces logements destinés à permettre à des personnes fragilisées par des années de galère dans la rue de retrouver un logement « normal » - et toute la socialité qui va avec -, de surcroît soutenues par des bénévoles qui les accompagnent dans leur cheminement. Vingt et un ans plus tard, le mouvement SNL rassemble plus de 1000 bénévoles, plus de 50 salariés, accompagnants et travailleurs sociaux et a créé, par le biais de sa foncière PROLOG-UES, plus de 700 logements sur six départements d’Ile-de-France, accueillant ainsi et conduisant vers un logement pérenne des milliers d’hommes, de femmes et de familles jusqu’ici exclues du droit de vivre sous un toit digne de ce nom (2).
Dans les Yvelines, le mouvement SNL abat un travail considérable. Depuis sa création en 1997 dans notre département, il a déjà à son actif l’accueil en logement d’insertion de plus de 220 ménages en situation précaire, dont 120 ont ensuite pu retrouver une solution durable de logement. Cela n’est pas rien quand on sait l’extrême difficulté à faire aboutir des projets de cette nature. Une richesse particulière de SNL : les groupes locaux de solidarités, ensemble de bénévoles qui, par des liens de proximité, accompagnent les personnes logées et contribuent aussi à la création de nouveaux logements en recherchant des fonds privés et en sollicitant les pouvoirs publics sur le plan local. Comme c’est le cas dans vingt-cinq autres communes des Yvelines, il existe à Versailles deux groupes locaux de solidarité créés par SNL, dont l’un est centré plus spécifiquement centré sur Porchefontaine. Même s’il m’arrive d’être (très) critique à l’encontre de la politique de l’actuelle municipalité de Versailles dans le domaine du logement social, je tiens à saluer le fait que celle-ci a apporté depuis son entrée en fonctions le soutien très précieux de la Ville à deux projets de logements SNL, ceci sous la forme de subventions au titre des surcharges foncières tandis que, pour sa part, le Conseil général des Yvelines apporte à SNL un appui très substantiel.
Mener à bien des projets de logements d’insertion de type logement-passerelle, c’est extrêmement difficile aujourd’hui. La raison de cette difficulté tient entre autres, me semble-t-il, aux problèmes que rencontre actuellement en France le financement du logement « très social » de type PLAI (Prêt Locatif Aidé d’Intégration), catégorie de logement aidé correspondant à un plafond de ressources très bas et donc sans aucune espérance de rentabilité. Les organismes et offices d’habitat social peuvent toujours, ou en tout cas devraient, prévoir dans leurs projets des volumes de logement PLAI dans la mesure où ils sont en mesure d’en équilibrer partiellement les coûts avec d’autres types de logements qui sont moins « sociaux » et, donc, moins déficitaires. Tel n’est pas le cas pour des organismes de type SNL ou Habitat et Humanisme, essentiellement concentrés sur le logement d’insertion, c'est-à-dire sur le produit de logement social le plus difficile à financer, celui justement du PLAI. Il y a là, me semble-t-il, un défi à relever pour les pouvoirs publics ainsi que pour leurs partenaires du mouvement HLM et du secteur financier.
Cela n’engage que moi mais je suis de ceux qui considèrent que Christine Boutin a été un grand ministre du Logement. Elle a su mobiliser les acteurs les plus divers, soutenir les maires-bâtisseurs, encourager la mobilité dans les parcs sociaux, contribuer à requalifier les quartiers dégradés et poursuivre l’action en faveur de l’hébergement d’urgence. Son successeur, Benoist Apparu, montre une volonté très affirmée d’aller dans la même direction. Je l’ai un peu connu dans un passé récent parce que, dans une vie antérieure, il a été le collaborateur d’un parlementaire champenois qui est, de longue date, l’un de mes amis les plus chers. A peine devenu secrétaire d’Etat au Logement dans l’actuelle équipe Fillon, il s’est montré spontanément intéressé par la question spécifique du logement d’insertion tel que le développent SNL et Habitat et Humanisme et je suis sûr de sa détermination personnelle comme de son savoir-faire politique. Mais, parce que c’est le plus difficile financièrement et politiquement à mettre sur les rails et à insérer, sauf de manière diffuse et à dose homéopathique, dans le tissu urbain, le financement du logement PLAI, c'est-à-dire du « très social », constitue à mes yeux l’un des chantiers d’action que Benoist Apparu devra prendre à bras-le-corps.
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tous ceux, Versaillais ou non, qui me font l’honneur de lire ce blog de manière régulière ou épisodique, j’adresse des vœux chaleureux pour cette nouvelle année. S’il est un souhait que je puis exprimer, et que j’adresse évidemment aussi à moi-même, c’est bien celui que nous sachions nous montrer attentifs à tous les enjeux de cohésion, ceux qui concernent nos familles, qui concernent nos villes - en particulier Versailles - et ceux qui se situent à l’échelle de notre pays. Il n’y a rien de pire qu’un tissu humain qui se déchire et qui part à la dérive. Je sais que, à Versailles, très nombreux sont ceux et celles qui partagent cette vision et qui le prouvent tous les jours.
(1) : Pour répondre à l’appel lancé par le Père Devert et par Habitat et Humanisme dans Famille Chrétienne (n° double 1667-1668 du 26 décembre 2009 au 8 janvier 2010) : effectuer un don, un don ISF, un legs ou une donation en faveur de Habitat et Humanisme, lui confier un logement vacant, investir dans un placement d’épargne solidaire, devenir bénévole. Pour tous renseignements : Habitat et Humanisme - Ile de France, 46-48 rue de Lagny, 93100 Montreuil, tél. : 01 55 86 86 86. Site internet : habitat-humanisme.org.
(2) : Pour aider le mouvement Solidarités Nouvelles pour le Logement : devenir membre donateur (les dons sont intégralement affectés à la réalisation de projets par acquisitions et/ou travaux), effectuer un prêt, une donation ou un legs en faveur de SNL, lui confier un logement vacant, devenir membre bénévole d’un groupe local de solidarité et lui apporter ses talents (accompagnement, animation, bricolage, secrétariat, etc.). Pour tous renseignements : SNL-Yvelines, 25 rue du Maréchal-de-Lattre de Tassigny, 78150 Le Chesnay, tél. : 01 39 63 48 72, adresse électronique : snl-78@wanadoo.fr. Site internet : http://www.snl78.fr.
Rédigé le dimanche 3 janvier 2010 – © Hervé PICHON