Partager l'article ! Pascal Guéant, au coeur de l'été: P ascal Guéant s ...
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ascal Guéant s’est éteint le 19 juillet à Versailles, aux petites heures de l’aube. Après avoir courageusement lutté contre la maladie, il s’en est allé sereinement et en douceur. Sa famille et ses proches sont plongés dans la douleur ainsi que tous ceux qui avaient croisé sa route. Lorsque j’ai appris cette nouvelle d’un simple message envoyé par texto, j’ai ressenti une très vive émotion, non seulement parce que je ne reverrai plus le sourire de Pascal et parce que je n’entendrai plus sa voix mais aussi parce que la disparition de cet homme encore jeune et, il y a peu de temps encore, empli de projets et de promesses vient nous rappeler combien la vie est fragile. En quelque sorte, la vie ne nous est « que prêtée ».
Je ne suis pas certain que les Versaillais savent, ou savaient, qui était Pascal Guéant. Diplômé de l’Ecole Nationale du Trésor, titulaire d’un DEA de droit public et de comptabilité publique, Pascal Guéant était passé par la Caisse des Dépôts puis par la mairie de Lyon puis par celle de Bordeaux où il était secrétaire général adjoint chargé des finances avant qu’Etienne Pinte ne le recrute pour venir diriger les services municipaux de Versailles. J’ai encore dans ma mémoire le reproche malicieux que Hugues Martin, premier adjoint au maire de Bordeaux et alors député au Parlement européen, m’avait, très gentiment et sur un mode faussement courroucé, adressé à l’occasion d’une rencontre dans un couloir de Strasbourg pour avoir été lui « piquer » ce collaborateur très apprécié d’Alain Juppé.
Discrétion, dévouement et humanité. Lorsque nous avions vu arriver à Versailles cet homme à la silhouette mince et sportive, j’avais tout de suite ressenti de la sympathie à son égard tant il émanait de lui de la simplicité souriante alliée à une très grande compétence ainsi qu’à une incontestable et authentique capacité d’attention aux personnes. Lorsque je suis devenu adjoint chargé de l’urbanisme et du patrimoine en 2004, j’ai d’ailleurs pu moi-même vérifier à de nombreuses reprises ce dernier point car, à chaque fois que je suis allé plaider la cause des fonctionnaires et agents qui relevaient directement de mes responsabilités ou que j’ai eu à demander que soit pris en compte un problème individuel délicat, j’ai trouvé en lui un interlocuteur particulièrement attentif et toujours prompt à tenter de chercher une solution qui soit avant tout humaine.
Pascal Guéant savait toutefois sortir ses griffes quand on attaquait « ses » fonctionnaires. A l’occasion de l’examen en décembre 2005 du projet de budget primitif pour 2006, Henry de Lesquen avait cru devoir dire en séance du conseil municipal que la Ville de Versailles avait une « mauvaise administration ». Quelques jours plus tard, en s’adressant à Etienne Pinte devant tout le personnel à l’occasion du traditionnel discours de bonne année que le premier des fonctionnaires municipaux prononce devant le maire et les élus lors de la cérémonie des vœux dans le grand salon de l’hôtel de ville, Pascal avait répondu vertement au président du groupe URV : « Affirmer que nous sommes une mauvaise administration, c’est nier la personnalité et l’identité de chacun d’entre nous, c’est nous réduire à rien du tout, c’est jeter à la poubelle nos millions d’heures de travail et c’est surtout participer au discours à la mode qui veut que chaque agent du service public est un poids mort, un boulet qui ne sert à rien et vit en parasite ». Et d’ajouter : « Monsieur le Maire, nous ne sommes pas une mauvaise administration. Nous sommes respectables. Nous existons individuellement. Nous avons chacun un visage, une vie et un métier. Nous sommes simplement des hommes et des femmes au service des Versaillais ». (1)
Lorsque s’était produit le changement d’équipe municipale à Versailles en mars 2008, Pascal Guéant avait tout naturellement mis ses compétences au service des nouveaux élus. Simplement parce que tel est l’honneur, parce que telle est la raison d’être des fonctionnaires et agents territoriaux. Presque tacitement, et malgré les liens d’amitié qui nous unissaient, nous étions convenus, Pascal et moi, que nous nous abstiendrions mutuellement de toute prise de contact l’un vers l’autre, lui par souci scrupuleux de satisfaire complètement à son devoir de réserve et de neutralité, moi par souci de respecter la loyauté que sa droiture foncière lui dictait d’observer envers le nouveau maire. Ce n’est que bien plus tard que je l’ai retrouvé, lorsque j’ai su que, de sa propre initiative, il avait quitté la mairie de Versailles pour devenir directeur général des services de la Ville de Boulogne-Billancourt. Lors de nos retrouvailles, il m’avait dit sobrement et sans plus de commentaires : « Ils ne m’ont pas fait confiance » puis, sans transition, il m’avait annoncé cette f… maladie contre laquelle il avait désormais à livrer un combat sans merci. Nous nous étions revus, bien sûr, mais nous avions surtout communiqué par SMS, un moyen bien commode pour se parler dans les moments si éprouvants qu’il a traversés au cours de ces dernières années.
Autour de Sylvaine, épouse de Pascal, et de leurs filles, une foule nombreuse emplissait la nef de l’église Notre-Dame de Versailles ce vendredi 22 juillet. Ceux qui croyaient au Ciel et ceux qui n’y croyaient pas mais qui, tous, aimaient Pascal Guéant. Des fonctionnaires et agents municipaux de Versailles venus en très grand nombre et toutes catégories confondues, des agents des services techniques en veste de travail jaune fluorescent, des délégués syndicaux … Plusieurs anciens élus de la municipalité précédente, avec la haute silhouette d’Etienne Pinte, visiblement très touché, flanqué de son collègue Pierre-Christophe Baguet, député-maire de Boulogne, lui-même accompagné d’élus et de fonctionnaires de sa ville. Des élus du groupe socialiste du conseil municipal de Versailles, dont Catherine Nicolas et Serge Defrance. Quelques membres de l’actuelle équipe municipale, avec à leur tête Marie-Annick Duchene, Premier adjoint, qui représentait le maire. Un amiral et des officiers de la Marine nationale venus saluer leur camarade, qui était fier de ses galons de capitaine de frégate de réserve. Des gerbes de fleurs à foison, dont celle, très émouvante, confectionnée par le service des Espaces verts de la Ville et celle adressée par Alain Juppé, maire de Bordeaux. En maître de cérémonie, le précieux François Parmentier, chaleureux et efficace comme à son habitude. Discret mais bien présent lui aussi, Thibault de Sade, directeur de cabinet du maire sous l’ancien mandat, l’ami fidèle des bons et des mauvais jours qui, je le sais, s’est montré très proche de Pascal et des siens tout au long de ces temps difficiles.
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u début de la cérémonie, un monsieur - dont j’ai su après qu’il est le père de Pascal - s’est avancé vers le pupitre. Entouré d’adolescents et de jeunes, il a pris la parole pour dire très simplement, anticipant quelque peu sur l’homélie profonde et sensible que prononcera quelques instants plus tard le Père Pierre-Alain Fleury, quelques mots commençant par cette phrase : « Pascal a fermé les yeux sur ce monde mais il les a instantanément réouverts à la lumière de Dieu ». Des mots de lumière, des mots de foi vibrante qui demeureront gravés dans ma mémoire. Tout comme demeurera en ma mémoire le fin et souriant visage de Pascal Guéant.
(1) : Dans un article paru sur ce blog le samedi 5 septembre 2009 et consacré au départ à la retraite de Michel Le Grin, directeur général adjoint des services de la Ville de Versailles, j’ai évoqué ces fonctionnaires et agents municipaux de toutes catégories qui se dévouent au service des Versaillais. Lien : http://www.versailles-au-coeur.com/article-35725810-6.html#anchorComment
Rédigé le dimanche 28 août 2011 – © Hervé PICHON