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  • : Hervé PICHON, élu à Versailles de 1995 à 2008. Ancien adjoint à l'urbanisme, ancien administrateur de l'office d'HLM Versailles-Habitat. Un regard libre, personnel et sans parti-pris sur la vie à Versailles et sur la vie politique.

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Lundi 18 janvier 2010 1 18 /01 /2010 08:41

A

l’ouverture de la séance du conseil municipal du 14 janvier, François de Mazières a présenté son nouveau parti d’aménagement du quartier de la gare des Chantiers.  Espérant ne pas trahir sa pensée, voici - en quelques mots inévitablement lapidaires et sous réserve d’erreurs de ma part - les principaux points qui me paraissent résumer la nouvelle configuration du projet : le programme immobilier proprement dit est ramené de 53 000 m² à 40 000 m², les cinémas sont supprimés, les surfaces destinées à accueillir des commerces sont fortement diminuées, les surfaces destinées à accueillir des bureaux sont au contraire augmentées ainsi que celles destinées à des logements (dont 20 % de logements sociaux), la dalle envisagée initialement est supprimée, le gymnase prévu en souterrain est supprimé de même que la maison de quartier (laquelle sera prévue en un autre endroit), l’aspect architectural des façades du programme immobilier sera amélioré et le bâtiment initialement prévu pour la SNCF sera déplacé et confié à un autre architecte, la jonction avec l’avenue de Sceaux sera réalisée en une seule voie tandis que les bassins historiques seront aménagés en une grande pelouse paysagée.

 

Je n’ai nullement l’intention, aujourd’hui, de porter un jugement d’ensemble sur ce projet. En effet, la présentation faite jeudi soir par le maire de Versailles nous apprend certes beaucoup de choses mais demeure trop imprécise pour que l’on puisse se faire une idée exacte de ce qui sort du chapeau. Aussi me limiterai-je, à ce stade, à faire quelques observations mais je reviendrai ultérieurement dans les colonnes de ce blog sur certains aspects du dossier dont j’ai eu à connaître lorsque j’étais, au sein de la précédente équipe municipale, adjoint chargé de l’urbanisme.

 

Ma première observation porte sur les relations de la Ville avec Nexity et ses autres partenaires. Nexity accepte de poursuivre l’aventure mais tout en maintenant le recours indemnitaire de plus de vingt millions qu’il à déposé contre la Ville au mois de décembre en guise de cadeau de Noël, ceci pour protéger ses intérêts. C’est donc une « épée de Damoclès », l’expression est de François de Mazières soi-même, qui continue de peser sur Versailles. Si tout le monde s’aime à nouveau d’amour tendre, ainsi que nous le montre une photo publiée dans le Parisien du 15 janvier, drôle de paix armée ! En réalité, et comme l’a fait remarquer un conseiller municipal, on nage en pleine virtualité. Au-delà de la brillante opération de communication de jeudi, rien n’est dit sur la manière dont tout cela va se mettre en place. Que vont devenir les nombreux engagements contractuels déjà souscrits entre les différents partenaires (l’Etat, la Région, le Département, SNCF, RFF, le STIF, Nexity, la Ville, etc.) ? Qui va acheter quelles emprises ou en faire le portage ? C’est seulement lorsque le conseil municipal aura été saisi d’un nouveau système d’accords entre la Ville et ses partenaires, en particulier avec Nexity, que l’on saura vraiment s’il y a lieu ou non de pousser à gorge déployée de telles clameurs de triomphe.

 

Ma deuxième observation porte sur les améliorations annoncées dans le domaine architectural et urbanistique. Il n’y a rien à redire au fait que le maire ait souhaité revoir l’aspect architectural des façades ainsi que l’emplacement du bâtiment de service de la SNCF. C’est parfaitement son droit de trouver que le projet initial ne lui convient pas pour des raisons esthétiques. A noter toutefois que ledit projet porte sur un lieu situé dans la perspective du château de Versailles, placé aux abords d’un monument inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques et de surcroît limitrophe du secteur sauvegardé de Versailles : autant de raisons impérieuses qui ont conduit les services de l’Etat à se montrer extrêmement vigilants et sourcilleux sur la qualité architecturale. Or, ce projet a reçu l’approbation du ministère de la Culture, de la DRAC et du service des Bâtiments de France. Qu’on me permette également de faire remarquer que la présentation des esquisses du projet a été faite aux Versaillais dans le magazine municipal puis, pendant de longs mois, sur le site Internet de la Ville. A aucun moment François de Mazières n’a cru devoir émettre de réserves ou de critiques sur un projet d’urbanisme dont il connaissait les différents aspects et qu’il a de surcroît approuvé à de nombreuses reprises de ses votes en conseil municipal.

 

Ma troisième observation porte sur la question des cinémas. Je persiste et signe, quand bien même je serais ultra minoritaire sur ce sujet : à mes yeux, la suppression de cet ensemble de cinémas modernes prévu initialement dans le projet des Chantiers constitue un très mauvais coup porté à l’intérêt général et je crains fort, pour ma part, que les Versaillais ne se réveillent un matin sans cinémas du tout dans leur ville. Un jour prochain, je dirai tout ce que je pense de la manière dont, sans beaucoup de scrupules, on a fait de ce dossier une arme - très efficace - pour attiser puis capitaliser à des fins électorales les craintes que suscite inévitablement un dossier aussi complexe et aussi sensible.

 

Ma quatrième observation concerne le volet du projet concernant les commerces. A-t-on raison de supprimer à peu près complètement le programme de surfaces commerciales qui avait été prévu ? Cela se discute et, là aussi, j’y reviendrai. En tout cas, François de Mazières fait ici un tout autre choix que celui auquel il avait été associé au cours du précédent mandat municipal. Je le répète, c’est son droit le plus absolu de décider dans ce sens mais je ne suis pas convaincu que ce choix soit conforme à l’intérêt réel du commerce et de l’économie de notre ville car l’objectif poursuivi par Etienne Pinte dans le projet initial était justement d’attirer à Versailles des enseignes qui n’y trouvaient pas l’espace dont elles avaient besoin et de « fixer » ainsi dans notre ville tout une clientèle versaillaise autour d’une offre commerciale qui serait complémentaire de celle déjà existante et qui serait axée sur des thématiques de loisirs et de culture.

 

Ma dernière observation a trait à la question de l’aménagement du site des étangs Gobert. Est-il si certain que la création d’un espace végétal sur les bassins historiques et autour de ceux-ci constituera une « amélioration » par rapport au projet dit « projet Obras » qui avait été retenu sous le précédent mandat, ceci sous l’approbation chaleureuse de François de Mazières ? En définissant ensemble le cahier des charges très sévère d’un concours international d’idées pour l’aménagement du site des étangs Gobert en 2004, la Ville de Versailles et l’Etat avaient partagé une ambition très forte et très exigeante pour ce site prestigieux situé dans l’un des axes du trident du château de Versailles. Cette ambition existe-t-elle encore ? Il faut à coup sûr attendre d’en savoir plus sur ce volet primordial du dossier des Chantiers pour apporter un début de réponse à ces questions essentielles.

 

C

 

e qui a été présenté jeudi soir, ce n’est nullement une « amélioration » du projet des Chantiers, c’est tout simplement l’annonce d’un autre projet. Certes, François de Mazières semble avoir obtenu des rallonges financières de la part de l’Etat et de la part du Département et, sur ce point, je ne peux que l’en féliciter très vivement. Mais peut-on affirmer pour autant que l’on « fait mieux pour moins cher » ? Le nouveau projet va-t-il permettre de saisir toutes les opportunités d’une opération d’urbanisme qui sera unique à l’échelle de l’histoire de Versailles ? Va-t-il créer de la valeur économique pour notre ville ? Va-t-il permettre de faire naître un lieu de vie qui sera à la hauteur de ce que l’on peut et doit faire sur ce site et qui constituera  un modèle d’aménagement durable à taille humaine ? Va-t-il aboutir à un aménagement des étangs Gobert qui sera digne de Versailles et de son histoire ? Il est trop tôt pour porter un jugement tranché tant il et vrai que les annonces faites jeudi ne demeurent, pour l’heure, que des virtualités floues. Mais une chose est sûre : les réponses qui seront apportées à toutes les questions dérangeantes que je pose ici – et que, dans Versailles, je suis le seul à poser - permettront de dire si, in fine, ce nouveau projet urbain des Chantiers sera conforme aux espérances qu’il suscite ou, au contraire, s’il débouchera sur l’immense gâchis de chances, d’énergies et d’argent public (1) que je continue de redouter pour notre ville de Versailles et pour les Versaillais.

 

(1) : Pour mémoire, mon article Projet urbain des Chantiers à Versailles : vers un immense gâchis ?, dimanche 22 mars 2009, sur ce même blog à la rubrique « Coups de gueule ».

 

Rédigé le dimanche 17 janvier 2010 – © Hervé PICHON

- Publié dans : Vie Versaillaise
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