Versailles Au Coeur

 « Vous verrez, me dit un Versaillais habitué de la tribune du public, l’ambiance a complètement changé : maintenant, la courtoisie règne enfin au conseil municipal ». J’ai donc voulu en avoir le cœur net et je suis allé assister du haut de la tribune à la séance du 25 septembre. En effet, quelle félicité ! Maintenant, tout le monde s’aime et, dans la salle du conseil, se déroulent des débats apaisés, empreints de suavité et de prévenance.

Assurément, il faut louer la manière de présider de François de Mazières, attentif à donner la parole à chacun et à laisser chacun s’exprimer. Juste une précision tout de même : Etienne Pinte était exactement tout aussi soucieux que son successeur de laisser s’exprimer ceux qui le souhaitaient. Il lui arrivait même de se voir reprocher d’être trop libéral dans la conduite de débats souvent furieux et qui, parfois, duraient au-delà du raisonnable.

 

Le vrai changement, ce n’est pas dans la manière de conduire les débats qu’il faut le rechercher, c’est dans le comportement d’Henry de Lesquen. Oubliés les tombereaux d’injures qu’il avait déversés au cours de la campagne sur un François de Mazières coupable à ses yeux de lui piquer ses thèmes et de lui siphonner ses électeurs. Le loup s’est transformé en agneau, le tigre s’est fait chattemite. Désormais, c’est une avalanche continue de félicitations adressées au maire dans les domaines les plus variés : pour l’inflexion donnée dans le domaine budgétaire, pour avoir « gelé » un million d’euros de crédits de fonctionnement, pour avoir liquidé le projet de reconstruction du gymnase Richard-Mique, pour avoir lancé le projet de piste cyclable boulevard du Roi, pour être « un homme indépendant », etc.

Ce concert de louanges traduit à l’évidence le souci d’Henry de Lesquen de gommer dans l’esprit des Versaillais cette réputation d’aboyeur qui lui colle à la peau. En se montrant si onctueux, il se construit ainsi une nouvelle image, celle d’un homme charmant et d’un commerce agréable, dont « les idées ne sont pas si mauvaises ». Avec tels ou tels membres de la nouvelle majorité municipale, il communie d’ailleurs dans une même détestation furieuse de l’équipe précédente et l’avenir dira très vite si, au-delà de cette aversion partagée, l’exquise lune de miel actuelle exprime en réalité d’autres convergences, celles-là plus concrètes et plus substantielles.

 

Ces déclarations d’amour ressemblent en tous cas clairement à un piège. Il n’est pour s’en convaincre que de relire la tribune libre donnée par Henry de Lesquen dans le numéro de juin du magazine municipal. On y trouve clairement exposé le cahier des exigences lesquiniennes pour ce qui concerne le dossier des Chantiers : abandonner le projet de « multiplexe géant », doubler le nombre de places du futur parc de stationnement, réserver les surfaces qui permettront de prolonger l’avenue de Sceaux jusqu’à l’A 86, et surtout - last but not least – supprimer le programme de logements sociaux prévu sur le site.

Pour l’heure, on nage dans un océan d’ambiguïtés et d’inconnues. Quand le moment sera venu de passer aux choses sérieuses, par exemple de dire ce qui, en définitive, se fera aux Chantiers, de mener une politique de logement social allant au-delà des « logements intermédiaires », de s’attaquer aux problèmes des transports en commun, à la modernisation de nos maisons de quartier et de nos équipements sociaux, qu’en sera-t-il des touchantes œillades d’aujourd’hui ?

Pour dire les choses comme je les vois, la relation qu’entretient François de Mazières avec Henry de Lesquen va devoir un jour ou l’autre être clarifiée : ou bien il a des convergences avec lui et les Versaillais finiront par s’en apercevoir, ou bien il n’en a pas et, alors, il lui faudra montrer beaucoup de courage et de fermeté car, un jour ou l’autre, le bon M. de Lesquen enverra la facture.

 

Rédigé le dimanche 28 septembre 2008

Jeu 2 oct 2008 5 commentaires
Abandonner le multiplexe n'est pas une mauvaise idée, au contraire. Surtout quand on sait que le cabinet d'architectes qui a signé la demande de permis, refuse désormais d'assurer la paternité de cette oeuvre confiée à un collaborateur qui a depuis quitté l'agence !!!! Avec un projet dans le plus pur style des horreurs qui ont été construites dans les années 1960/1970. De plus force est de constater que le maire précédent n'a pas facilité les choses, loin de là : - en signant un permis de construire entre le premier et le deuxième tour de l'élection municipale ; - en avisant le bénéficiaire du permis par une télécopie envoyée vingt minutes avant la séance du conseil municipal désignant François de Mazières comme nouveau maire. Si la catastrophe des Chantiers se réalise, au moins on saura qui en est le vrai responsable.
NJ - le 07/10/2008 à 11h26
Le précédent commentaire a l'air d'émaner d'un membre de l'équipe municipale puisqu'il a l'air bien renseigné, mais si le projet cinéma était tellement horrible pourquoi F de mazières n'a pas voté contre..J'imagine qu'après 10 ans de boulot sur le projet des chantiers E Pinte voulait aller jusqu'au bout de la démarche, c'est compréhensible. Quant à moi je regrette beaucoup le projet d'un cinéma moderne, accessible aux personnes handicapées et mal entendantes soit abandonné.J vermont
J Vermont - le 08/10/2008 à 15h43
Bravo pour avoir osé ce commentaire.Depuis l'élection de F de Mazières je m'interroge sur ses relations avec l'URV et le montant de ses voix au 1er tour. Sans clarification rapide de sa part , ces relations sentent "le souffre"!!!
D Daudon - le 09/10/2008 à 15h36
Je dois dire que je suis vraiment reconnaissant à la personne qui m'a recommandé votre article qui est un vrai régal de lecture. Bis! On en redemande. Surtout continuez à nous informer des simagrées, fourberies et manœuvres torves du cas Lesquen, c'est toujours un bonheur renouvelé. J'ai été très sensible aux allusions à la "courtoisie" d'HdL. Je ne manquerai pas de me référer régulièrement à ce très informé blog, ayant qqs intérêts pour le vecteur de propagande de l'URV que Monsieur le Vicomte s'est acheté en 2006 : HDL FM (anciennement Radio Courtoisie). On n'hésitera pas à se reporter à notre petite chronique des folles aventures électorales de "Quinquin" qui se sont terminées par le cinglant 13% que l'on sait...: http://www.libreforum.com/a-propos-de-l-usurpation-f1/versailles-2008-t991.htm Encore bravo. Au plaisir de vous lire.
Victor le chacal - le 11/10/2008 à 07h18
Je trouve votre conclusion un peu fielleuse. françois de Mazières n'a nul besoin du soutien d'Henry de Lesquen. Sa majorité est solide. Le dialogue actuel est franc et courtois. Hypocrisie que l'attitude actuelle d'Henry de Lesquen ? Je ne sais, mais en tous cas cela donne des dialogues sereins et des attitudes constructives. Un fait, Henry de Lesquen a proposé que la photo de l'hôtesse d'accueil de l'hôtel de ville décédée cet été soit publiée dans le journal municipal. C'est tout à son honneur
HL - le 11/10/2008 à 14h50