Versailles Au Coeur
D
epuis bientôt vingt cinq ans cette, j’arpente assidument les couloirs et les antichambres du Parlement européen à Strasbourg comme à Bruxelles. Sans nullement prétendre être le plus calé sur ce sujet, je crois pouvoir dire que je fais partie des Français qui connaissent bien cette institution à nulle autre pareille, un vrai melting pot de traditions et de cultures politiques différentes, où nos 78 députés français côtoient les Onorevole italiens, les MEP’s de Sa Majesté britannique, des députés germains, scandinaves, ibères, slaves, hellènes, chypriotes, maltais, baltes et autres dans ce grand vaisseau qu’est le siège du Parlement à Strasbourg ou au milieu de l’invraisemblable « Caprice des Dieux » de Bruxelles. Depuis le début des années quatre-vingt et de législature en législature, j’ai vu évoluer cette assemblée. Je l’ai vue s’affirmer dans l’édifice institutionnel européen tandis que, dans le même temps, la France y perdait du poids numérique et devait y compter avec de nouveaux acteurs.
L
es Français ne savent pas trop ce que font leurs députés au Parlement européen. Au fil de mes pérégrinations, je peux témoigner du boulot qu’abattent bon nombre de ces élus souvent méconnus. On les croise au petit matin à la Gare du Nord, dans les halls des aéroports et des grands hôtels. Ils sont toujours en mouvement, se précipitant vers les hémicycles et vers les innombrables réunions de groupe ou de commission ponctuant leurs semaines. Ils sont entourés d’assistants compétents qui les aident à traiter des dossiers très divers : directives, rapports, sujets parfois techniques et souvent de haute et sensible portée politique. Sans cesse en migration entre Bruxelles, Strasbourg et leur circonscription grande comme vingt départements, ils savent trouver le temps d’écouter tous les solliciteurs qui frappent à leur porte. Pour nombre d’entre eux, quelque soit leur appartenance politique, pour les Audy, Bérès, Daul, Guellec, Lamassoure, Lehideux, Lienemann, Gauzès, Grossetête, Sudre, Toubon et encore beaucoup d’autres, je porte témoignage car je sais combien ils travaillent, je sais quelle contribution ils apportent à l’influence de notre pays dans l’univers européen, bref comment ils font honneur à la France. C’est pour cela que j’éprouve l’égard de ces bosseurs souvent ignorés du grand public une vraie considération.
M
ardi dernier 16 décembre, Nicolas Sarkozy a eu un débat avec les députés européens dans l’hémicycle du Parlement à Strasbourg et, sincèrement, je n’avais jamais vu une telle séance. A l’occasion de la conclusion de la Présidence française de l’Union européenne, il rendait compte de son action devant un hémicycle bondé et frémissant. S’il en était besoin pour ce qui le concerne, il a montré à cette occasion ce que veut dire être authentiquement politique, c'est-à-dire capable de répondre longuement et sans notes à tous les députés, de montrer avec précision, humour et sans fioritures ni langue de bois, une exceptionnelle capacité d’écoute envers tous ces parlementaires dont je dirai – pour connaître beaucoup d’entre eux – qu’ils sont, comme tous les élus, jaloux de leur indépendance et de l’attention qu’on leur doit. Jamais, me semble-t-il, on n’avait vu dans l’hémicycle de Strasbourg un chef d’Etat français débattre aussi librement avec tous, par delà des différences politiques clairement affichées, et mouchant au passage un Daniel Cohn-Bendit qui, décidément, a tendance à se prendre pour Fouquier-Tinville de préférence quand les caméras sont en action.
V
raiment, le bilan de cette présidence française est exceptionnel. Une médiation réussie dans le conflit russo-géorgien, un discours clair mais sans provocation inutile face à la Chine sur fond d’incidents au Tibet et de Jeux olympiques, un président américain convaincu par Sarkozy de transformer le G8 en G20 pour faire face à la crise mondiale, le lancement d’un partenariat avec l’Ukraine : l’Europe s’est bien affirmée sur la scène internationale, c’est le moins que l’on puisse dire. Dans le même temps, la France aura su faire avancer l’Union malgré les embûches (affaire de Géorgie, crise financière, référendum irlandais, etc.) : démarrage de l’Union pour la Méditerranée malgré les réticences allemandes, adoption d’un Pacte européen pour l’immigration et l’asile (Chapeau Hortefeux ! Chapeau Jacques Barrot, artisan inlassable, et lui aussi méconnu, de la marche de l’Europe !), consolidation de la politique agricole commune sans remise en cause de ses fondements (bravo Barnier !), nouveaux progrès vers une future Europe de la défense, adoption non sans douleur (j’en sais quelque chose pour avoir suivi ce dossier sur son volet automobile) du « Paquet énergie-climat » par lequel l’Europe devra avoir diminué de 20 % ses consommations d’énergie et ses émissions de CO² d’ici à 2020. Ce n’est pas si courant que la France, comme c’était le cas mardi dernier à Strasbourg, recueille autant d’applaudissements venus de tous les côtés de l’arc-en-ciel politique européen. Ne boudons pas notre plaisir !
Rédigé le samedi 20 décembre 2008
P.S. : Je signale un document rédigé par Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert-Schuman, qui fait le point de manière lumineuse et magistrale sur l’actualité européenne en cette fin de présidence française de l’Union. (http://www.robert-schuman.org/).
A tous ceux et à toutes celles qui me font l’honneur de me lire et de consulter ce blog, j’adresse des vœux très chaleureux pour Noël et pour 2009. Que cette nouvelle année leur apporte toutes les joies personnelles, familiales et professionnelles. Je forme aussi des vœux pour notre pays, la France, ainsi que pour notre ville de Versailles. L’important sera, cette année, de nous montrer attentifs et solidaires à l’égard de ceux de nos concitoyens que la crise actuelle atteint ou menace.
H.P.