Versailles Au Coeur
C
oup de fil sur mon portable, il y a quelques semaines, de Mohammed Ould Kherroubi. Le président de l’Association des Musulmans de Versailles m’informe que, si j’en suis d’accord, je vais prochainement être convié à participer à un dîner rassemblant, sous la présidence de Christine Boutin, des personnes appartenant à diverses confessions religieuses, ceci à l’invitation de Hassen Chalghoumi, imam de Drancy, et de Jean-Christophe Lagarde, député-maire de cette ville. La date est fixée au 10 juin. Ce jour-là, j’avais prévu de me rendre à une importante réunion de la fédération UMP des Yvelines mais, sans hésiter, je décide d’accepter cette invitation à Drancy.
Singulière figure que celle de Hassen Chalghoumi. Imam de la Mosquée de Drancy, ce religieux musulman s’est engagé sur le chemin très difficile de la promotion du dialogue, ces derniers temps fortement mis à mal du fait des regains de tensions au Proche-Orient, avec les juifs de France. Drancy, ce n’est pas n’importe quel lieu : c’est de là que furent déportés entre 1941 et 1944 vers Auschwitz-Birkenau et Sobibor quelque 65 000 juifs, dont deux mille seulement sont revenus du cauchemar. En juillet 2006, à l’occasion de la commémoration de la Shoah, Hassen Chalghoumi prend la parole et dit : « A quelques mètres d’ici, des personnes innocentes ont souffert d’une injustice sans égale avant d’être déportées à Auschwitz, juste parce qu’elles étaient juives ». A ceux qui me disent que les initiatives prises par cet homme courageux pour abattre les barrières ne font pas l’unanimité, je réponds ceci : peut-être, mais en tous cas, ces initiatives, il les prend et il fait partie de ces gens qui, un peu partout en France, se battent pour la paix entre les enfants d’Abraham et ceux d’Ismaël.
Je connais le président de l’Association des Musulmans de Versailles depuis plusieurs années. Quand on le rencontre pour la première fois, on est saisi, comme je l’ai été moi-même, par le regard profond de cet homme fin et cultivé, chaleureux et attentif, qui parle un français si pur et si travaillé tel qu’on ne l’entend plus guère aujourd’hui que chez ceux qui se sont enrichis de la culture française tout en gardant fidélité à leurs propres racines. Lorsque j’étais adjoint à l’urbanisme, je l’avais rencontré à plusieurs reprises avec d’autres responsables de l’association. Dès le premier contact, j’avais éprouvé de l’empathie pour lui comme pour tous ces gens qui, au sein de son association, font preuve d’un réel esprit d’ouverture et d’un réel désir de dialogue. A de nombreuses reprises, ils m’ont invité à partager un repas amical avec eux et d’autres élus ou représentants de diverses confessions, le plus souvent à l’occasion d’une fête religieuse. Et, à chaque fois, je suis sorti de chez ces hôtes heureux de ce sentiment de fraternité qu’ils avaient su exprimer et communiquer.
Un vendredi de l’automne dernier, nous avions déjeuné ensemble, Mohammed Ould Kherroubi et moi. Très exactement Chez Tiouiche, rue Saint-Julien, un endroit où on peut déguster le meilleur couscous de tout Versailles, enfin ceci n’engage que moi. Ce jour-là, sans langue de bois ni faux-semblants, sans renoncer aucunement à ce que chacun est au fond de lui-même, nous avions longuement parlé de tous les sujets importants : le sens de Dieu, la relation entre religion et société, les musulmans dans la République française, la laïcité et les problèmes qu’elle soulève aujourd’hui, la question des fondamentalismes, etc. A l’issue du déjeuner, nous étions convenus de continuer nos échanges, tout simplement parce que le dialogue entre deux hommes différents mais respectueux l’un de l’autre constitue très sûrement l’activité humaine la plus enrichissante qui soit.
Mercredi dernier 10 juin : la grande salle des fêtes municipale de Drancy est emplie de monde. Hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, musulmans en grand nombre, juifs, catholiques, protestants, personnalités officielles et simples citoyens. Nombreux discours, quelques uns un peu convenus, d’autres vraiment profonds et émouvants. Ainsi, le Grand Rabbin de Paris, M. David Messas, évoquant les souvenirs de son enfance à Meknès, raconte comment son père, un homme très pieux et très religieux, faisait monter vers Dieu sa prière quotidienne en même temps que s’élevait celle du muezzin depuis la mosquée toute proche. A leur tour, deux jeunes musulmans animateurs d’associations décrivent le combat quotidien qu’ils mènent dans les cités contre l’antisémitisme et contre toute forme de rejet de l’autre. Tout au long de la soirée et dans une ambiance informelle animée avec brio par un responsable musulman se succèdent au micro des personnalités diverses, religieux, dirigeants d’associations, hommes et femmes politiques de droite et de gauche et aussi de simples particuliers engagés dans la vie locale. Reprenant la parole pour quelques propos de conclusion, Christine Boutin trouve les mots justes pour qualifier cette soirée vraiment exceptionnelle : « Nous vivons ce soir un beau moment d’espérance, un moment où des hommes et des femmes attachés aux religions du Livre sont accueillis ici dans une démarche de respect et de dialogue ».
Etaient présents ce soir-là à Drancy des Versaillais très engagés dans le dialogue interreligieux. Président de l’Association Cultuelle Israélite de Versailles, Samuel Sandler est quelqu’un pour qui j’éprouve une très vive considération, un homme de dialogue et de paix comme tous ceux que j’ai pu croiser au cours des nombreux contacts que j’ai entretenus au cours de ces dernières années au sein de la communauté israélite de Versailles. En souvenir de travaux et d’efforts communs, il m’a offert un très beau livre consacré à l’histoire des synagogues en France, un cadeau qui m’a profondément touché. Présent aussi à Drancy, accompagné de son épouse : le général Xavier Gouraud, l’un des animateurs à Versailles, avec d’autres, du Groupement Interreligieux pour la Paix (GIP). A cet homme de haute taille m’unissent des liens subtils même si nous ne nous apercevons que très fugitivement et de loin en loin. Jeune officier, il avait servi sous les ordres de mon père lorsque celui-ci, au début des années soixante, commandait un régiment de Chasseurs d’Afrique sur la frontière algéro-tunisienne. Et je n’oublie pas non plus que, un soir d’il y a sept ou huit ans où je me trouvais dans une houleuse réunion de quartier à Montreuil face à quelques grandes gueules comme il s’en trouve dans ce genre d’instance, Xavier Gouraud m’avait soutenu de toute son autorité tranquille et de sa sereine conception du bien public.
A
Versailles, il y a des hommes et des femmes de paix. Mohammed Ould Kherroubi, son vice-président M. Salah Ould, dont j’ai eu l’honneur et le bonheur de marier la fille, Samuel Sandler, Xavier Gouraud, le Père Chavane, le Père Hoffmann, les animateurs du Groupe de Dialogue Islamo-chrétien des Yvelines, ceux de l’Eglise réformée et du Centre-Huit de Versailles et beaucoup d’autres encore : ils sont nombreux ces hommes et ces femmes de paix qui, dans notre ville et dans notre département, agissent jour après jour pour que les fils et filles des trois religions du Livre se découvrent, se connaissent et, dans leur réalité profonde, se reconnaissent comme frères et sœurs devant Dieu.
Rédigé le dimanche 14 juin 2009 – Copyright Hervé PICHON
Merci de ce que tu écris et partages....un bout d'espérance , c'est toujours bon à prendre ....et rencontrer des hommes de bonne volonté un honneur et bonheur dont visiblement tu ne te lasses pas
Merci encore
Amitiés
Odile Canneva