Versailles Au Coeur

A

ssurément, si le projet de reprise de l’ancien hôpital Richaud par un investisseur se réalise tel qu’il a été annoncé ces jours derniers à grands sons de trompe, alors je ne vais pas chipoter et je dirai : « Chapeau, François de Mazières ! ». Le moins que l’on puisse dire est que le maire de Versailles s’est sacrément décarcassé, de même qu’il faut saluer la mobilisation du collectif Sauver Richaud. Je ne doute pas que François de Mazières a pris le dossier à bras-le-corps, couru les ministères et les antichambres, fait la tournée des investisseurs, mis au travail ses élus comme ses services afin de trouver de toute urgence une solution à ce qui est, à mes yeux, un véritable scandale d’Etat, c'est-à-dire l’abandon d’un joyau du patrimoine versaillais, situé dans le périmètre du secteur sauvegardé et dont une partie est classée monument historique, par ceux-là même qui - c’est le cas de le dire - en avaient la garde, c’est à dire les ministres de la Justice successifs passés place Vendôme au cours de ces toutes dernières années.

 

La négligence de ces ministres et de leurs services illustre ce que peut devenir l’Etat impécunieux. Plus d’argent dans les caisses, plus de marges de manœuvre, alors on attend, on laisse en plan, on verra plus tard ce qu’on fera de ce quadrilatère Richaud. On ne s’assure même pas de sa sécurité et on ne s’émeut ni de son état de dégradation, aggravé par plusieurs incendies, ni des squatts, tags, murs décrépits et toitures éventrées. En ce temps d’explosion des déficits publics, cette histoire lamentable de l’hôpital Richaud jette une lumière assez crue sur ce qu’est un Etat lorsqu’il n’est même plus capable de faire face à ses responsabilités élémentaires de dépositaire d’un bien patrimonial : loin de l’Etat « exemplaire », il n’est plus autre chose qu’un Etat aboulique, qu’un Etat ataxique, qu’un Etat impuissant.

 

La vente de l’hôpital Richaud en 2001 au ministère de la Justice par l’établissement public de l’Hôpital Mignot dans le but d’en faire le siège de la Cour d’appel et de la Cour d’assises était une bonne idée. En effet, cette décision avait pour conséquence de sécuriser Versailles dans son rang de deuxième ville judiciaire de France, ce qui représente pour elle un enjeu très fort en termes de présence de gens de justice (magistrats, avocats, personnels, experts, etc.) comme de volume d’activités judiciaires, en particulier avec le tribunal de Nanterre, lequel génère un important courant d’affaires traitées en appel dans notre ville. Le danger, réel, de voir la Cour d’appel partir vers la ville nouvelle de Saint-Quentin en Yvelines était ainsi en principe conjuré.

 

Un projet architectural pour la future Cour d’appel à Richaud avait été élaboré par un cabinet d’architectes, le tout sous l’œil vigilant du ministère de la Culture. J’avais fait présenter ce projet en Commission architecturale de la Ville, qui avait constaté avec satisfaction que la chapelle et les bâtiments comme le jardin étaient promis à une mise en valeur tout à fait originale, en particulier avec des salles d’audience souterraines éclairées a giorno. Las, c’était sans compter que le ministère de la Justice sacrifierait ce projet sans aucun scrupule au début de l’année 2008, au gré d’un changement de priorité budgétaire.

 

Le nouveau projet présenté par François de Mazières est tout à fait séduisant. On ne peut qu’approuver l’idée, très intelligente mais qui était difficilement envisageable pour un site judiciaire, de réaliser des percées visuelles et des circulations pédestres libres de part et d’autre à travers le futur espace. On ne peut que se réjouir de la volonté d’y prévoir du logement avec une part importante de logement social. Enfin, le souci de créer rue du Maréchal-Foch un front urbain flanqué de commerces et de logements est parfaitement bien venu. C’est d’ailleurs ce qu’avait préconisé Bertrand Devys au cours de sa campagne électorale, avec le double objectif de faire revivre une vraie physionomie urbaine à la place du mur aveugle actuel - aujourd’hui transformé en dazibao municipal - et, surtout, de conforter la vocation économique et commerciale de cette partie du quartier Notre-Dame.

 

Pour ce qui est de la méthode, le choix en faveur de la solution d’un achat du terrain Richaud par la Ville est peut-être incontournable. Déjà, il y a quelques années, la Ville avait assuré le portage foncier, pour quelques jours seulement, du terrain dit « des Subsistances » dans le quartier des Chantiers, ceci afin de favoriser le maintien à Versailles de la clinique des Franciscaines. Cependant l’opération est cette fois-ci infiniment plus délicate et plus difficile car le quadrilatère Richaud et les bâtiments qui l’entourent sont frappés de servitudes publiques très lourdes résultant non seulement du classement en 1980 au titre des Monuments historiques de la chapelle ainsi que des façades et toitures des bâtiments hospitaliers mais surtout de la localisation du site à l’intérieur du périmètre du secteur sauvegardé. Cela signifie que, pour assurer un avenir à ce lieu, il faudra faire sauter les verrous résultant des dispositions d’urbanisme applicables à cet endroit et contenues dans le Plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV), c'est-à-dire dans le règlement d’urbanisme propre au périmètre du secteur sauvegardé.

 

« Pour débloquer ces verrous, j’ai reçu l'accord du ministère de la Culture », nous dit en substance François de Mazières. Je le crois très volontiers mais dans quels termes ? S’agira-t-il d’une simple « interprétation » du PSMV actuel ou faudra-t-il engager une procédure de modification partielle du Plan de sauvegarde ? Je ne vois pas bien comment, malgré les assurances qui auraient pu être fournies au maire de Versailles, l’Etat pourrait s’affranchir des règles qu’il a lui-même précisées récemment en matière d’évolution des secteurs sauvegardés. Document d’urbanisme opposable aux tiers, un PSMV peut faire l’objet, à tout le moins, d’un remaniement limité selon la procédure de modification. Il n’en reste pas moins que cette procédure implique une enquête publique qui, sauf erreur de ma part, ne se ferait pas sans travaux préalables d’analyse du lieu, à confier à un chargé d’études. Combien de temps cela prendra-t-il ? Mais, surtout, quelles assurances écrites et précises le maire de Versailles a-t-il reçues de la part du ministère de la Culture quant à un assouplissement futur et substantiel des dispositions réglementaires du secteur sauvegardé applicables à l’ensemble du site de l’hôpital Richaud ?

 

Avec le futur investisseur, il faudra bien que la Ville conclue un accord - à soumettre au Conseil municipal - dans l’hypothèse où elle achète Richaud aux fins de le lui rétrocéder. Quels engagements la Ville de Versailles obtiendra-t-elle de la part de cet investisseur, ceci dans le but d’éviter que les Versaillais se retrouvent un jour en carafe avec tout Richaud sur les bras ? La durée du portage foncier sera-t-elle limitée au strict minimum ? L’investisseur signera-t-il une promesse d’achat en bonne et due forme, c'est-à-dire passée par-devant notaire et assortie d’engagements précis sur le bien, sur son prix et sur un délai de réalisation de l’aménagement à venir ? Quels engagements la Ville devra-t-elle souscrire à l’égard de l’Etat, actuel propriétaire du lieu ? Quelles garanties ou clauses suspensives la Ville recevra-t-elle de la part de l’investisseur ? Quelles garanties ou clauses suspensives l’investisseur exigera-t-il en retour de la part de la Ville ?

 

C

es questions peuvent paraître incongrues. Elles évoquent simplement quelques uns de ces détails prosaïques qui font qu’un événement célébré avec des accents de triomphe se confirmera in fine comme un vrai coup de maître ou n’aura été guère plus qu’une annonce.

 

Rédigé le dimanche 27 septembre 2009 – Copyright Hervé PICHON

Mar 29 sep 2009 2 commentaires
Votre article replace très justement le projet Richaud dans son contexte. Cette remise en question est primordiale afin de rappeler à tous qu'il ne faut surtout pas se laisser aveugler par un tel triomphalisme. Espérons qu’il ne s’agit pas que d’une annonce. Un peu plus de transparence permettrait de dissiper les derniers doutes et les ultimes inquiétudes.
Ivanosevitch - le 30/09/2009 à 11h57
Merci Hervé de venir une fois de plus souligner l'importance des sujets d'urbanisme pour notre ville et en l'occurence nous préciser pourquoi l'annonce sur Richaud représente un réel pas en avant.
Merci aussi de poser les nouvelles questions qui se posent maintenant; comme Versaillais attachés à Richaud, reconnaissons que nous sommes bien contents de pouvoir interroger l'avenir sur un projet plus précis !
Bruno Vercken - le 01/10/2009 à 22h06