Versailles Au Coeur
A
vec une association d’anciens Français libres à laquelle appartenait autrefois mon père, j’ai participé l’autre jour à une visite de l’hôtel Matignon. Laissant en plan ses tâches en cours, François Fillon est venu passer avec nous un bref moment, exprimant en quelques mots chaleureux la considération respectueuse qu’il porte à ces visiteurs âgés dont beaucoup ont été, sur les théâtres d’opérations de la France libre ou dans les maquis où ils avaient été parachutés depuis l’Angleterre, d’authentiques héros de la Résistance et de la Libération.
Depuis plus de trente ans, j’éprouve une vive sympathie pour François Fillon. Nous nous étions connus à la fin des années soixante dix à l’Assemblée nationale. Il terminait alors des études de droit et était le collaborateur du député gaulliste et ancien ministre Joël Le Theule. Pour ma part, je terminais l’Institut d’Etudes Politiques et j’étais le collaborateur d’un autre député gaulliste, Roger Crespin, avant de devenir quelques temps plus tard celui de Maurice Druon, député de Paris.
Je conserve de lui le souvenir d’un garçon placide et discret, plutôt sérieux et bosseur mais doué d’un authentique sens de l’humour pince-sans-rire. Lorsque nous évoquions nos projets d’avenir, lui rêvait de devenir journaliste à l’AFP et moi de devenir député. C’est lui qui est devenu député, arrachant de justesse en juin 1981 la circonscription de Sablé-sur-Sarthe laissée vacante par la disparition subite de Joël Le Theule quelques mois plus tôt. De loin en loin, nous avions continué de nous croiser fugitivement quoique nos routes se fussent éloignées mais j’ai toujours suivi ce parcours brillant d’un ministre qui a été acteur de quelques unes des grandes réformes accomplies en France au cours de ces dernières décennies, en particulier celles des télécommunications puis, plus tard, celle des retraites.
A Matignon, Fillon s’est placé d’emblée, me semble-t-il, dans la tradition de Michel Debré, c'est-à-dire d’un chef de gouvernement plongé jour et nuit dans la soute à charbon du navire. On m’objectera que toutes les impulsions viennent d’en-haut et que c’est Nicolas Sarkozy lui-même qui est un « hyper-président » d’un nouveau genre, lui aussi constamment au charbon. L’objection est exacte mais l’un n’empêche pas l’autre : s’il est vrai que beaucoup des projets de réformes sont lancées depuis l’Elysée, il faut bien quelqu’un aux manettes pour faire tourner à plein régime une machine gouvernementale chauffée à blanc comme elle ne l’avait probablement jamais été dans l’histoire de la Cinquième République.
Assurément, Sarkozy et Fillon ne vont pas transformer le pays en profondeur en cinq ans ! Mais, déjà, ils l’ont déjà fait sacrément bouger. Ils ont ouvert des chantiers de fond, de ceux qui permettront de faire évoluer une France qui paraissait jusqu’à ces dernières années totalement enlisée dans ses ornières, emprisonnée dans ses blocages, engourdie dans une mortelle torpeur, celle là justement qui a conduit au séisme politique du 21 avril 2002, avec Le Pen au second tour de l’élection présidentielle.
Voici quelques unes de ces réformes, de celles qui me paraissent, à l’heure actuelle, les plus importantes, les plus porteuses de vrai changement. Cette liste n’est sûrement pas complète, loin s’en faut, et elle est bien évidemment totalement subjective. Mais j’y vois la preuve que, dans ce pays de 65 millions d’habitants si compliqué et si difficile à gouverner, des hommes et des femmes déterminés ont commencé de dégripper la mécanique rouillée de la France.
Cela n’est pas rien que la France ait retenu en 2007 le principe d’un « bouclier fiscal ». Ce sujet reste sensible, je le sais, mais il est pourtant essentiel puisque, désormais nul ne peut, en principe, être imposé au-delà de 50 % de ses revenus. J’ajoute que la suppression des droits de succession pour les héritiers les plus directs n’est pas non plus une réforme mineure. Contrairement à ce qu’on dit, ces réformes ne sont pas « faites pour les riches » mais impactent toute une France moyenne qui était arrivée au-delà du découragement.
Depuis plus de quarante ans, des esprits lucides appelaient de leurs vœux l’autonomie des universités françaises. Avec la loi du 11 juillet 2007, le train est lancé et ne s’arrêtera plus même si se sont produits les soubresauts auxquels ont pouvait s’attendre. Tant de ministres se sont cassé les dents sur ce dossier de l’enseignement supérieur et de la recherche depuis Edgar Faure que, vraiment, je tire mon chapeau à Nicolas Sarkozy, à François Fillon et, surtout, à Valérie Pécresse, d’avoir mené cette réforme à tous égards historique, de n’avoir pas reculé devant les cris d’orfraie d’une gauche scandalisée que l’on vienne ainsi sur ce qu’elle considérait comme son terrain et d’avoir tenu bon au milieu de toutes les tempêtes.
Nées le 4 octobre 1958, les institutions de la Cinquième avaient besoin d’un sérieux coup de jeune, surtout depuis qu’on avait raccourci la durée du mandat présidentiel. Réformer la constitution était un exercice politique extrêmement périlleux, et pas seulement parce qu’il fallait réunir une majorité qualifiée au Congrès réuni à Versailles. A une voix de majorité, Sarkozy y est parvenu. Tout n’est pas probablement pas parfait, loin de là, mais, tout de même, les droits du Parlement ont été significativement revalorisés, le nombre de mandats présidentiels est désormais limité et les citoyens pourront saisir le Conseil constitutionnel.
Depuis les années Rocard, on savait que le système du Revenu minimum d’insertion (RMI) était devenu une vraie trappe à pauvreté. Créé par Martin Hirsch au terme d’une expérimentation conduite dans trente trois départements, le Revenu de solidarité active (RSA) permet désormais d’encourager le retour au travail par une allocation de complément et par un accompagnement adapté. La naissance de cette réforme a été difficile mais on la devait aux sept millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté et aux quelque trois millions de travailleurs pauvres que compte notre pays.
Il fallait mettre de l’organisation dans l’univers de l’hôpital. Roselyne Bachelot s’y est attelée résolument, modernisant enfin le statut des établissements hospitaliers, créant les communautés hospitalières de territoire et donnant aux Agences régionales de santé (ARS) le rôle de chef d’orchestre qu’exige une politique moderne d’offre de soins.
Assurément, j’en oublie beaucoup d’autres, de ces changements grands ou petits qui ont été mis en œuvre au cours des ces dernières années. La réforme des trente-cinq heures, celle de la formation professionnelle, celle de la représentativité syndicale, celle du service minimum à l’école comme dans les transports publics, la terrible RGPP (Révision générale des politiques publiques) qui insuffle de la productivité dans bien des administrations, la douloureuse carte judiciaire, les changements intervenus dans la politique de défense et la carte militaire, le train de mesures induit par le Grenelle de l’environnement, la relance de l’Europe avec le traité de Lisbonne et le lancement de l’Union pour la Méditerranée, etc. : ce n’est pas étonnant que les Français aient le tournis !
B
ien sûr, toutes ces réformes engagées ne sont sûrement pas parfaites, loin s’en faut. Elles soulèvent des débats, elles suscitent des inquiétudes et des questions, elles provoquent des mouvements d’humeur, voire de franches oppositions. C’est normal et c’est bien le contraire qui serait étonnant. A tous les amis qui s’en inquiètent, je dis cependant que le mouvement du changement qui a été lancé ne va pas s’arrêter là et qu’il y a encore tant de choses à faire pour tirer la France de son engourdissement mortel : simplifier le mille-feuilles des collectivités territoriales, rouvrir quoiqu’il en coûte le débat sur l’avenir des retraites, accomplir enfin la réforme du lycée, si cruciale pour toute une génération, assurer la relance de l’investissement, lequel est en passe de régresser de près de 8 %en 2009, à travers la suppression de la taxe professionnelle et un grand emprunt exclusivement consacré à l’avenir, etc. Une chose est sûre en tout cas : tout ce travail abattu depuis juin 2007 n’aurait pas vu le jour s’il n’y avait pas, solide au poste et affairé à la salle des machines du navire gouvernemental, le soutier de Matignon.
Rédigé le mercredi 11novembre 2009 – C. Hervé PICHON
C’est un excellent politique, droit et courageux.
Mais pour les réformes...
Au début quinquennat il a suffit que les chauffeurs de taxis élèvent un tout petit peu le ton pour que le pouvoir retire précipitamment son projet de réforme de la profession qui en a tellement besoin.
Et depuis tout est quasiment à l’avenant :
- Le bouclier fiscal n’est qu’un pis aller à défaut de suppression de l’ISF qui aurait dû être décidé depuis longtemps, ce bouclier fiscal qui a désormais pour effet de protéger les très riches de toutes les augmentations d’impôts à venir qui seront désormais uniquement concentrées sur la classe moyenne,
- La diminution des droits de succession me rend égoïstement service, mais c’est une réforme dont tous les économistes s’accordent à dire qu’elle est inutile économiquement. Ce qui est sûr c’est qu’elle contribue à aggraver le déficit budgétaire ; j’aspire bien entendu comme tout le monde à une baisse de la pression fiscale mais seulement dans les cas où elle est gagée par une économie budgétaire,
- Il n’est pas encore établi que le RSA sera plus efficient que le RMI,
- La France a modifié ses institutions un nombre incalculable de fois et ce n’est pas une nième réforme qui va améliorer l’efficacité du Pouvoir qui ne dépend que de ce qu’en font les politiques. Les Etats Unis ont une constitution inchangée depuis le XVIIIème siècle et Royaume-Uni depuis plus longtemps encore et ces 2 pays ont un fonctionnement démocratique remarquable,
- On ne voit pas en quoi la réforme Bachelot de l’hôpital serait meilleure que toutes celles des Douste Blazy et autres qui l’ont précédée,
- Le service minimum : Les usagers des transports en commun subissent aujourd’hui la même galère à espaces réguliers qu’avant 2007. Les milliers d’usagers de la ligne B du RER qui ont souffert cette semaine peuvent témoigner de l’efficacité de ce service minimum,
- La suppression de la taxe professionnelle est dans l’absolue une excellente chose mais ne pouvait être décidée en dehors d’une refonte globale de notre fiscalité. Cette décision isolée va mettre dans la panade les finances des collectivités locales dans les prochaines années,
- N’oublions pas la « réforme » des régimes spéciaux qui n’a été qu’une œuvre d’illusionniste : pour éviter les conflits on a largement compensé les quelques efforts demandés. Il est aujourd’hui établi que le bilan financier sera cruellement déficitaire,
- Le grand emprunt ne va faire qu’ajouter de la dette à la dette (pour mémoire, le simple paiement des intérêts constitue le 2ème budget de l’Etat derrière l’Education nationale). Quitte à aggraver le déficit, il aurait été préférable de diminuer la fiscalité des entreprises qui sont bien mieux placées pour savoir où investir pour l’avenir, que des fonctionnaires malgré toute leur bonne volonté,
- La volonté de simplification du mille-feuilles administratif risque fort de rester lettre morte ; pour s’en convaincre il suffit de prêter attention à tous les amendements qui remontent des élus et qui vont aboutir à réduire à néant le projet Balladur,
Trois petites lueurs dans ce marasme :
- La réforme des universités est un bon début, mais là encore on a beaucoup lâché : les conseils d’administration qui resteront pléthoriques et vont pénaliser la gouvernance, l’absence de sélection et de droits d’inscription (qui seraient de toute façon restés largement inférieurs à ceux des grandes écoles mais qui auraient enfin donné des moyens financiers) qui auraient été compensés par des bourses distribués aux étudiants méritants,
- Les nouvelles règles de représentativité syndicale semblent aller dans le bon sens,
- Une vraie amélioration du droit du travail avec la rupture conventionnelle du contrat de travail.
Bref le bilan est très médiocre.
Les vraies avancées porteraient sur :
- Une rénovation audacieuse du statut des fonctionnaires comme cela a déjà été fait dans tous les pays correctement gérés,
- Une réforme de l’ensemble de la fiscalité,
- La réécriture complète du code du travail (seuils sociaux, droit du licenciement etc.)
- Réforme de l’Education nationale pour notamment faire cesser la codirection inadmissible de cette administration avec le pouvoir syndical,
- Réforme des services publics (pour comprendre le chemin à parcourir on peut par exemple examiner les conditions hallucinantes des avantages consentis aux agents dans le fret ferroviaire), etc.
Les dérives accumulées depuis 30 ans ont abouti à ce que nos prélèvements obligatoires dépassent de 5 points de PIB ceux des nations de développement comparable au nôtre.
Ces 5 points de PIB nous coûtent 100 Milliards d’euros par an.
En un mot si notre Etat était aussi efficace que celui de nos voisins nous aurions les moyens de dégager un excédent budgétaire (hors la situation exceptionnelle actuelle), de rembourser la dette pour in fine diminuer les impôts sans baisser le niveau des services assurés aux citoyens de notre pays.
Bien sûr nous ne demandons pas au pouvoir en place de réaliser tout cela en 1 quinquennat. Mais à ce jour à peu près rien de ce qui devrait être entrepris n’a été engagé et on continue à endormir la nation par des déficits abyssaux, sous prétexte de soutenir une croissance qui en réalité va être durablement anémiée par les nouveaux prélèvements qui seront nécessaires pour le service de la dette à venir.
H.P.
Merci de prendre du recul , de regarder derrière pour voir le chemin accompli ; et quel chemin !
et de mettre en valeur celui que les médias s'amuse à brocarder
Avec notre amitié ...et cette fois aussi notre admiration