Versailles Au Coeur

T

ristesse. Apprise ce matin par la radio, la nouvelle de la disparition subite de Philippe Séguin suscite en moi une très vive émotion. J’avais fait sa connaissance en avril 1978 à l’Assemblée nationale et, comme tout le monde à l’époque, j’avais été intrigué par cette personnalité hors du commun, avec cette voix caverneuse, ce rire énorme qui le saisissait entre deux quintes de toux et cette silhouette massive qu’il promenait dans la salle des Quatre-Colonnes.

 

Tout va être dit sur cet homme singulier et unique. De lui, je ne mentionnerai que deux souvenirs. Celui, tout d’abord, du discours qu’il a avait prononcé dans les années quatre vingt à l’Hôtel de Ville d’Epinal à l’occasion de Journées parlementaires du RPR, un discours où j’avais pu ressentir physiquement ce que pouvait représenter la France pour le pupille de la nation qu’il était, fils d’un pied-noir tunisien tué sur le front d’Italie. Il n’est pas d’hommes de sa génération qui, mieux que lui, ait su exprimer l’amour de notre pays, lequel était pour lui d’abord une idée, une idée de l’Homme, une idée du monde et un principe spirituel au sens gaullien de ce terme.

 

Séguin, c’était aussi une certaine conception de l’engagement politique. « Même si vous êtes de simples militants, vous participez à un service public », nous avait-il dit, un jour qu’il s’adressait aux adhérents du RPR, voulant exprimer par là que le fait de militer dans une formation politique implique de sévères exigences, celle de servir la France, celle de rechercher le bien de tous et celle de respecter chacun, y compris ses adversaires politiques.

 

Enfin, Séguin incarne pour moi ce gaullisme social dont je conserve une inguérissable nostalgie. Les discours mémorables qu’il a prononcés sur la fracture sociale et sur le pacte républicain demeurent plus que jamais d’actualité : l’idéal de fraternité inscrit aux frontons de nos mairies se situe au cœur de notre vivre-ensemble et il n’y a pas de France solide sans cohésion sociale.

 

E

 

tienne Pinte a fait partie de ses très proches. Je mesure quelle doit être aujourd’hui sa tristesse et je sais que je ne suis pas le seul à Versailles à la partager avec lui.

 

Rédigé le jeudi 7  janvier 2010 – © Hervé PICHON

Jeu 7 jan 2010 3 commentaires
En me relisant, je m'aperçois que ce texte, écrit un peu dans la précipitation, comporte quelques fautes d'orthographe. Mille excuses. On ne se relit jamais assez.

H.P.
H.P. - le 07/01/2010 à 16h26
Robert Seguin, le père de Philippe, est mort à Clerval dans le Doubs. Un peu loin du front d'Italie.
Le docteur Paul Coulon (un de mes oncles), avait été appelé pour voir s'il pouvait faire quelque chose pour soulager cet homme qui avait été frappé par une balle à la tête.
Robert Seguin est mort dans ses bras.
JLT - le 15/01/2010 à 20h55
Oui, pardon, vous avez tout-à-fait raison : le père de Philippe Séguin a été tué dans le Doubs et non, comme je le croyais par erreur, pendant la campagne d'Italie. Je vous remercie de cette précision. Lorsque j'ai appris ce détail au cours de ces derniers jours, cela m'a touché car je me souviens que mon père, qui était alors jeune capitaine d'active à la tête d'un escadrons de chars dans un régiment de l'armée De Lattre, m'a raconté que les combats qui se sont déroulés en Franche-Comté avant ceux qui ont été livrés quelques temps plus tard pour la libération de l'Alsace ont été d'une extrême violence et d'une extrême dureté.
Anonyme
J ai pu lire le discours de François FILLON, qui est a la fois tres emouvant et percutant.

Il a cette tres belle formule a propos de Philippe SEGUIN:

"C'était un rugissement, un jaillissement du gaullisme !"

On ne peut mieux dire en quelques mots, pour résumer à la fois le fond et la forme de ce personnage étonnant, qui incarne à lui seul une certaine conception de la politique, et une incarnation de la République
Arno - le 16/01/2010 à 12h13
Merci beaucoup, à vous aussi, pour ce commentaire très juste. J'ai écouté sur LCI ce discours prononcé, d'une voix blanche et dans un silence absolu, mardi dernier 12 janvier à l'Assemblée nationale par le Premier ministre lors de l'hommage rendu dans l'hémicycle à la mémoire de Philippe Séguin.

Je partage entièrement votre sentiment : cette évocation faite de Séguin par François Fillon était saisissante de vérité et d'émotion et j'ai aimé que le Premier ministre fasse allusion, avec tant de justesse et d'à-propos, à la tirade finale du panache de Cyrano de Bergerac.

H.P.

Anonyme